Nous rêvions juste de liberté, Henri Lœvenbruck, Éditions Flammarion

Mais il sort d’où Lœvenbruck pour nous pondre un bouquin comme ça ? Un livre qui vous cloue au fond du canapé, dont vous ne lirez pas l’équivalent avant longtemps. Certains devaient bien le connaître parce qu’il en a quand même publié et vendu un paquet de bouquins. Polars, romans historiques, ce qui indique déjà qu’il sait les raconter les histoires. Et puis celui-là paru en 2015, dont Lœvenbruck dit dans une interview qu’il est à 80 % personnel. Nous rêvions juste de liberté est une histoire d’amitié entre quatre frangins d’une ville paumée où ils s’emmerdaient à la sortie de l’adolescence. Pas quatre frères d’une même famille, quatre garçons d’une petite ville de l’Est, Providence. On la place où on veut sur une carte, car Lœvenbruck ne nous donne aucun indice supplémentaire, ni sur le lieu, ni sur l’époque. On pense au début à l’Est de la France à cause des fonderies qui bouffent leurs ouvriers, puis aux États-Unis en raison des distances parcourues. Peu importe. « Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté » nous dit Hugo Felida, celui qui va découvrir Freddy, Oscar et Alex en atterrissant dans l’école catho de sa ville. Là où ses parents parfaitement démunis l’ont envoyé en guise d’ultime espoir. Chez les Bourges, Hugo est adoubé par Freddy un fils d’immigrant italien, un des plus gros castagneurs de la ville. Un beau mec aussi. Son père ancien bûcheron tient un garage pourri dans la cité. Oscar, « le Chinois » est en fait vietnamien, mais plus encore un grand gosse qui vit avec sa mère et ses autres enfants dans un baraquement. Oscar se spécialise dans le commerce agricole, par goût de l’herbe et pour aider sa mère. Alex, le plus petit, hypocondriaque comme pas deux, est titulaire de toutes les hépatites de l’alphabet. C’est le plus réfléchi, celui qui partage sa collection des Biggles avec Hugo au début du roman, et qui voyage avec Norman Mailer. Pour ses copains, Hugo devient « Bohem » parce qu’il habite dans une roulotte à deux pas de ses chez parents.

C’est Sur la route de Kerouac dont l’auteur aurait appris à nous passionner. C’est parfois Le Club des quatre à moto tant les acteurs sont infantiles.

Un bon moyen d’échapper à la déprime familiale. Les quatre garçons fument et pas que du tabac, boivent, se castagnent avec qui veut en découdre, provoquent l’administration du lycée et font la nique aux flics. Dans le garage Cereseto, celui du père de Freddy, Bohem découvre la passion de la moto. Pas celle qu’on achète, celle que l’on assemble avec l’argent gagné en juillet et en aout. Quand on a pas vingt ans, qu’on est sans avenir, partir sur les routes leur offre des horizons inespérés. Nous rêvions juste de liberté est une fabuleuse histoire d’amitié et de trahison. Un road movie sur deux roues. Une fuite perpétuelle de grands gamins qui ne veulent pas grandir. C’est Sur la route de Kerouac dont l’auteur aurait appris à nous passionner. C’est parfois Le Club des quatre à moto tant les acteurs sont infantiles. C’est Woodstock recréé dans une campagne inconnue avec ce qu’il faut de boue, de consommations interdites, d’amours libres, et Blue Öyster Cult. On pleure, de rire et de tristesse. C’est une écriture sortie de nulle part comme seuls les grands auteurs savent la créer. C’est un choc comme lors de la découverte de Thierry Jonquet. Incomparable.

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