Les patriotes, Sana Krasikov, Albin Michel

Elle ne fut pas la seule, mais quand même. Qu’une jeune Juive américaine soit partie en 1934 vivre en Union soviétique laisse aujourd’hui songeur. Certes les États-Unis étaient en pleine crise économique. Certes Moscou avait encore à l’époque un pouvoir d’attraction sur les intellectuels occidentaux. Mais quand on connaît la suite … Ce fut pourtant le choix de Florence Fein, l’héroïne des Patriotes, un choix qui allait l’engager, elle, son fils et son petit-fils bien plus longtemps qu’elle n’aurait pu l’imaginer. Car à cette période l’État soviétique n’accordait que des allers simples. L’intérêt du roman vient aussi de ce qu’il montre comment l’administration Roosevelt s’en est parfaitement accommodée. Un peu pour continuer à vendre des usines aux Russes et beaucoup par lâcheté. Quand elle décida de s’embarquer sur son bateau, Florence n’était pourtant pas encartée au Parti communiste. Mais son refus des injustices la poussait dans cette direction quand elle rencontra Sergueï, ce bel ingénieur russe envoyé par son pays négocier un contrat à Cleveland. La destination de Florence avait tout pour la faire déchanter. Non pas Moscou, mais Magnitogorsk une ville industrielle de l’Oural, en face du Kazakhstan. En y recherchant Sergueï, Florence partagea la vie des ouvrières. Mais ce ne fut pas suffisant pour lui ouvrir les yeux. Ni même les oreilles quand son amant l’incita à partir. Ce déni de la réalité est une constance de l’histoire racontée par Sana Krasikov, que l’on croit d’autant plus qu’elle a fait le voyage en sens inverse, elle qui naquit en 1979 en Géorgie avant d’émigrer aux États-Unis.

Le comble de la paranoïa stalinienne intervint peu avant la mort du Géorgien, avec en point d’orgue le complot des « médecins juifs »

La situation de Florence Fein ne cessa alors de se détériorer au rythme de la démence de Staline. Non pas parce que l’Américaine représentait le moindre danger pour les Russes, mais parce que rien ne pouvait résister au dictateur. Malgré ses horreurs, la seconde guerre mondiale constitua presque une pause car la lutte contre les armées nazies mobilisèrent les forces de l’État soviétique. Mais on sait que le comble de la paranoïa stalinienne intervint peu avant la mort du Géorgien, avec en point d’orgue le complot des « médecins juifs ». Le récit se déroule au-delà de cette date, jusqu’à la période actuelle que l’on visite par l’intermédiaire du fils et du petit-fils de Florence qui font des affaires dans une Russie désormais aux mains de mafieux. Ce n’est assurément pas la partie la plus intéressante du livre. On lui préfère la Russie de Staline. Celle des queues devant les magasins, des appartements communautaires surpeuplés. Mais aussi le pays de la police politique qui manipulait qui elle voulait. Avant de débarquer au milieu de la nuit pour emmener les suspects afin de leur faire avouer ce qu’ils ne connaissaient même pas.

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