Les DRM : un verrou pour le livre numérique

Le mieux est l’ennemi du bien. Conçus pour éviter le piratage des objets numériques, les DRM (Digital Rights Management) constituent une fausse solution pour l’économie du livre. Même s’ils génèrent aujourd’hui quelques subsides à la filière, les DRM risquent à terme de détourner les lecteurs de ce marché prometteur. Le monde de la musique l’a bien compris en inventant d’autres façons pour profiter de l’attrait du digital. En matière de livres, les DRM sont des procédés qui vous empêchent de dupliquer votre Ebook. Le principe est contestable parce que rien ne vous interdit de prêter votre livre papier si vous le souhaitez. Mais les DRM vous contraignent aussi à plusieurs manipulations avant de disposer de l’Ebook. Si vous y parvenez. Car acheter un livre numérique vous oblige dans l’immense majorité des cas une fois votre fichier récupéré, à le déverrouiller en utilisant un logiciel propriété de la société Adobe. C’est éthiquement contestable, parce qu’Adobe n’a aucune raison de savoir ce que vous lisez. C’est également loin d’être simple. Si votre livre est destiné à une liseuse, vous devez d’abord installer le livre sur un ordinateur puis le transférer sur la liseuse. La raison en est simple : la liseuse ne peut accueillir le logiciel d’Adobe. Vous vous inscrivez donc sur leur site et vous récupérez Adobe Digital Editions disponible en version Windows et Mac OS. Et Linux ? Que faites-vous si vous votre ordi tourne sous Linux ? Réponse : rien. Vous ne faites rien car la société Adobe ignore ce système d’exploitation. Impossible donc de déverrouiller le livre. Si vous êtes néanmoins obstiné, vous finirez peut-être par trouver le bon tutoriel qui vous explique comment installer la couche logiciel supplémentaire qui permettra de faire tourner sous Linux la version Windows d’Adobe Digital Editions. Miracle ça marche. Mais ce n’est pas encore fini. Vous pouvez désormais lire votre livre sur votre ordinateur, mais qui en aurait envie ? Il vous reste donc à le transférer sur votre liseuse que vous aurez préalablement branchée sur votre ordinateur. Sous Linux, l’opération ne fonctionne pas. Ou alors pas toujours. Après tous ces efforts, vous ne pouvez toujours pas lire le bouquin acheté ou emprunté à une bibliothèque numérique. À défaut, il vous reste le piratage sur le Net ou l’emploi d’un autre tutoriel pour casser les DRM.

Après tous ces efforts, vous ne pouvez toujours pas lire le bouquin acheté ou emprunté à une bibliothèque numérique

En ces temps de confinement, le monde livre aurait pourtant tout intérêt à nous faire découvrir le livre numérique. D’abord parce qu’il reste accessible malgré la fermeture des librairies. Ensuite parce qu’il évite de financer des stocks qui pèsent sur les comptes des libraires et des éditeurs. Mais aussi parce que le livre numérique permet de contourner Amazon, le géant qui risque de détruire la filière en raison d’une concurrence déloyale à force d’optimisation fiscale et de négation des droits des salariés. Si Amazon progressait encore, c’en serait fini des librairies, une première fois sauvées par la loi Lang de 1981 qui interdisait les remises. C’en serait aussi fini des conseils prodigués par les libraires qui ont permis à tant de livres de s’imposer en-dehors du tumulte médiatique. L’écosystème du livre est fragile. Il n’est même pas rationnel. En France quelque 500 romans sortent chaque année lors des deux rentrées littéraires. Très peu se vendent. Les éditeurs acceptent néanmoins de les publier en espérant se refaire sur un petit nombre de livres. Le développement d’Amazon mettrait fin à ce fragile équilibre. Les livres protégés par les DRM n’y changeront rien car ils ne sont pas attractifs. La pose d’un filigrane qui ajoute de façon discrète votre adresse électronique sur votre Ebook est déjà plus intéressante car elle permet le traçage des copies, et protège ainsi les droits des auteurs. Mais faudrait-il encore qu’elle soit proposée. Le monde de la musique l’a compris en adoptant une autre stratégie pour lutter contre le piratage. Elle consiste à vendre de nouveaux services comme le font les plateformes Spotify ou Deezer pour l’écoute en streaming. Que la répartition des sommes soit juste ou pas, que les auteurs, compositeurs et interprètes y trouvent ou pas leur compte, est une autre question. Le fait est que certains apprécient d’écouter ainsi de la musiquer Car en matière de livre comme de musique rien ne se fait sans plaisir.

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