Et la vie reprit son cours, Catherine Bardon, Éditions Les Escales

Au début on est en droit de se demander si ce n’est pas le volume de trop après l’admirable Les Déracinés, et L’Américaine sa suite très réussie. Et puis au fil des pages on retrouve le charme des personnages de Catherine Bardon. Tout juste faut-il accepter qu’ils prennent leur temps, comme s’ils étaient arrivés à maturité. C’est aussi un mal pour un bien tant le premier tome consacré à la fuite des Juifs d’Europe, et le second qui relate les méfaits du dictateur Trujillo étaient animés. On retrouve donc ici Ruth en 1967, qui comme dans L’Américaine est le personnage principal du roman. Ruth qui a définitivement compris qu’elle souhaite vivre dans la colonie dominicaine fondée par ses parents et non pas en Amérique ou en Israël. Ruth redécouvre ses racines en compagnie de sa fille Gaya, de sa mère Almah, et jamais très loin de son frère Fredérick. Le clan est reformé à Sosúa au bord de l’océan, prêt à s’agrandir puisque Ruth ne va tarder à se marier avec Domingo avec qui elle aura un fils. Médecin, Domingo se coule dans le moule en acceptant de mettre son savoir au profit des habitants de la région. Lizzie, l’amie d’enfance de Ruth, viendra les rejoindre, elle qui s’est perdue en partant aux États-Unis. Trop d’expériences, trop d’aventures, trop de drogues auront eu raison de son esprit.

C’est largement assez pour trouver du plaisir dans la lecture de cet opus

Comme dans les deux premiers romans, Catherine Bardon décline l’actualité, de la guerre des Six-Jours à l’assassinat de Luther King et à la chute d’Allende au Chili. Mais tous ces événements ainsi que sa vie professionnelle, sont désormais secondaires pour Ruth. Israël ne semble plus en danger et elle se contente d’apporter sa contribution au journal fondé par son père. La démocratie n’a toujours pas cours en République dominicaine, mais en faisant profil bas, on évite les ennuis. De toute façon, ce qui compte pour Ruth c’est sa tribu. Ses enfants, Domingo qui se comporte comme un père pour Gaya, sa mère qui demeure le facteur d’équilibre de la communauté. Mais même sous les tropiques, on n’est jamais sûr que le bonheur sera éternel. C’est largement assez pour trouver du plaisir dans la lecture de cet opus à tous ceux qui ont aimé les deux précédents.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*