Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne, Éditions Jean-Claude Lattès

L’histoire de l’Irlande de 1945 à nos jours. L’histoire des méfaits de la religion catholique notamment sur les femmes et les homosexuels. Et à la fin, la modernisation de ce pays qui a été le premier État européen à reconnaître le mariage gay. C’est à ce défi tout personnel que nous convie John Boyne, écrivain homosexuel assumé, dans un récit de 800 pages débordant de révolte, de douleur, d’humour et d’optimisme. Ce qui donne non pas un pamphlet revendicatif, mais un récit centré sur Cyril, un Irlandais que l’on découvre quand il est encore dans le ventre de sa mère. Une formidable réussite littéraire que l’on ne peut que chaudement recommander. Un bouquin que vous garderez dans un coin de votre tête pendant longtemps. Tout commence à Goleen, petit village à la pointe sud-ouest de l’Irlande. La seconde guerre mondiale se termine, ce qui n’a guère d’importance pour Catherine Goggin qui à 16 ans est enceinte sans être mariée. Elle est la seule fille de sa famille qui compte aussi six frères, parce qu’en Irlande un homme se doit d’ensemencer sa femme pour qu’elle lui donne beaucoup d’enfants. Catherine assiste à la messe donnée par le père Monroe, dont on ne sait pas encore qu’il a eu deux enfants de deux femmes différentes. Il la somme de dénoncer celui avec qui elle a fauté, pour qu’il se confesse et soit pardonné. Elle sera ensuite chassée de la communauté. C’est son père Bosco Goggin qui a informé le curé de son état. Elle refuse, comme son père et son grand-père refusent que les femmes de la famille lui viennent en aide. Seul le plus jeune de ses frères la défend avant d’être frappé par son grand-père. Le départ de Catherine soulage de nombreuses villageoises qui craignaient qu’elle ne nomme leur fils ou pire leur mari.

Vous êtes complètement cinglés, dans ce pays, ou quoi ? Vous ne voulez pas que vos compatriotes soient heureux ?

À Dublin Catherine survit en tant que serveuse dans un salon de thé jusqu’à la naissance de son fils qu’elle confie à une institution religieuse. On le retrouve en 1952 après qu’il a été adopté par Charles et Maude Avery, un couple de la bonne bourgeoisie qui vivent sous le même toit tout en s’ignorant. Maude écrit des romans pour enfants alors que Charles est banquier à la réputation sulfureuse. Ils ont prénommé leur fils Cyril en souvenir d’un épagneul qu’ils avaient beaucoup aimé. Il a sept ans et a été informé qu’il ne serait jamais un véritable Avery. Cyril rencontre Julian Woodbead, un garçon de son âge dont il pensera longtemps qu’il sera l’amour de sa vie. Sept années après, ils partagent la même chambre d’un collège religieux. Si Julian est obsédé par les filles, Cyril en pince pour son compagnon, sans pour autant se considérer comme homosexuel. Ce qui serait un crime aux yeux de la loi irlandaise. 1966 Cyril a 21 ans, il travaille au ministère de l’Éducation. Impossible pour lui de pratiquer sa sexualité avec bonne conscience. Et ce n’est pas en s’entendant dire par un médecin que « Les pervers, dégénérés, cinglés ont toujours existé » que cela risque de s’arranger. Son histoire va se poursuivre jusqu’en 2015, la période que John Boyne dénomme « La nouvelle Irlande ». Son chemin est donc encore long. La société irlandaise, taraudée par le catholicisme rejettera pendant longtemps l’altérité. Ce qui fera dire à un des personnages du roman : « Vous êtes complètement cinglés, dans ce pays, ou quoi ? Vous ne voulez pas que vos compatriotes soient heureux ? ». Et encore ne savait-il pas encore que le sida était devant eux.

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