Là où leurs mains se tiennent, Grégory Nicolas, Éditions Rue des Promenades

Mais pourquoi n’est-il pas plus connu ? Pourquoi son nom n’est-il pas plus souvent cité dans les médias ? Pourtant livre après livre Grégory Nicolas confirme tout le bien qu’il nous fait en nous racontant ses histoires. Là où leurs mains se tiennent est son premier roman, le seul qui n’avait pas encore été chroniqué sur ce blog. Le premier et déjà une réussite. On se permet d’avancer deux explications pour tenter de le comprendre. Sans doute certains pensent-ils que Grégory Nicolas n’est qu’un écrivain du vélo. En témoignent les couvertures de ses livres qui glorifient souvent la petite reine, comme celle de Des histoires pour cent ans ou d’Équipiers. Et aussi celle de ce premier roman où trône fièrement Pierre Rolland magnifique champion qui, un jour qu’Alberto Contador avait oublié de manger ses anabolisants parfumés à la viande, avait battu l’Espagnol sur le Tour à l’Alpe d’Huez. Or ce n’est pas vrai. Plus que des récits sportifs, Grégory nous offre des histoires de personnages auxquels on s’attache tout de suite, qui font du vélo. Lui-même a tâté du spad dans son Trégor natal avant de constater que se ruiner le dos, se broyer les testicules, et se briser les genoux sur une potence était trop cher payé pour un coureur qui ne gagne jamais. L’autre raison du relatif anonymat de Grégory Nicolas est qu’on l’imagine comme un grand discret, ce qui lui valut d’être admis aux côtés de l’équipe de France de cyclisme en 2018 comme il l’a raconté dans Équipiers. Là où leurs mains se tiennent est l’histoire de Jean-Baptiste qui succède à Bernard Hinault au palmarès du Tour de France. Mais avant de devenir l’idole des Français, Jean-Baptiste est d’abord un orphelin qui porte la poisse à ses parents. Sa mère décède à peine son accouchement terminé. Et la vie de son père prend fin, la première et dernière fois qu’il jouit avec sa mère « avec la rage d’un acteur allemand à moustache ». Ah cholie performance ! On se permet d’ajouter que Grégory Nicolas développe dans son livre une réelle attirance pour nos cousins germains qui portent dans ses pages des tongs et des chaussettes.

Jean-Baptiste entame une nouvelle vie en signant sa première licence de coureur

Voilà donc Jean-Baptiste récupéré par sa grand-mère qui lui prépare tous les matins son grand bol de chocolat Nesquik et ses brioches à la confiture d’abricots. Adolescent, Jean-Baptiste est le souffre-douleur de sa classe au collège parce qu’il n’a plus ses parents. Heureusement arrive Thibault, jeune Picard avec qui il se lie d’amitié. Quand les adolescents se séparent parce que Thibault déménage, Jean-Baptiste entame une nouvelle vie en signant sa première licence de coureur. Sa grand-mère lui offre pour cela un vieux Peugeot repeint en bleu et jaune comme dans l’équipe Festina, avec des pédales automatiques Look. Un présent magnifique que Jean-Baptiste complète d’un casque et de gants payés avec ses économies. Commence alors une longue série de victoires qui amènent Jean-Baptiste à la célébrité. Surgissent surtout des pages magnifiques sur les routes ventées du Trégor qu’il emprunte à l’entraînement. Sur les montées de cette Bretagne du Nord qui vous explosent le palpitant, et sur ces paysages maritimes qui vous apaisent tant ils sont beaux. La vie de Jean-Baptiste c’est aussi la rencontre avec Anna, médecin contrôleuse de l’Agence française de lutte contre le dopage, qui le réveille à l’aube pour le faire pisser. Une rencontre qui scelle leur avenir. Ces deux-là sont nés pour vivre ensemble.

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