Les Nuits d’été, Thomas Flahaut, Éditions de l’Olivier

C’est un roman sur le monde ouvrier, un genre assez rare dans la littérature française. Un roman écrit autour de trois jeunes confrontés à la violence de l’usine, ainsi qu’à celle de leurs pères qui ont également connu les nuits passées devant des machines. Thomas Flahaut, jeune écrivain Franc-Comtois natif de Montbéliard, nous en propose une version qui nous rappelle ce qu’a écrit Nicolas Mathieu, un des chouchous de ce blog, dans Les enfants après eux et peut-être plus encore dans Aux animaux la guerre. Parce qu’il a aussi une vision théorique du monde ouvrier, Thomas Flahaut dédie son roman au sociologue Robert Linhart, dont il nous dit par ailleurs qu’il le lisait quand il travaillait dans une usine suisse. Mais cela ne fait en rien des Nuits d’été quelque chose de difficile, ce roman étant avant tout le récit de ce que Flahaut a connu. Les trois personnages du livre sont Thomas, Mehdi son ami, et Louise la sœur jumelle de Thomas. Louise est celle qui a atteint les objectifs rêvés par ses parents : faire des études. Elle s’est vu proposer d’écrire une thèse de doctorat sur les ouvriers frontaliers du Doubs à l’université de Besançon. Au contraire de Louise, Thomas a échoué. Trop de copies blanches. Plus autorisé à se réinscrire à la fac. Thomas n’a toujours pas eu le courage de le dire à ses parents qui ont tant investi sur leurs enfants. L’échec de Thomas est pour eux non seulement financier, car comme aime à le rappeler son daron, qui paye le steak à la maison ? Mais aussi celui d’une vie puisque les études des enfants constituent pour eux le second étage de l’ascenseur social après l’achat du pavillon. Pour Mehdi c’est plus simple. Pas d’études supérieures, depuis six ans un boulot d’intérimaire chaque été de l’autre côté de la frontière, et l’hiver quand il neige de saisonnier à la montagne. Avec en plus lorsqu’il ne parvient pas à s’y soustraire, l’aide apportée à son père sur les marchés pour faire tourner la rôtisserie.

Leurs enfants ne sont plus qu’opérateurs sans possibilité de se fixer parce qu’un opérateur ça change tout le temps d’employeur

Cet été, les deux amis se retrouvent à l’usine en tant qu’opérateur devant Miranda la machine qui fabrique des stators. Thomas découvre la longueur des nuits, habillé d’un des deux polos qu’on lui a fournis, lavés quand il en a le temps, avec des coutures synthétiques qui blessent le corps. Il se plie au rythme de la machine, il charge, surveille, contrôle, vide, attend, relance … Alors au matin pour se laver la tête les deux jeunes gens donnent libre cours à leur soif de liberté en roulant à moto. Et puis le chef d’atelier leur annonce que l’usine va déménager un peu plus loin en Suisse. Bien sûr, on aura toujours besoin d’eux. Mais comment le croire quand les machines sont démontées par des sous-traitants italiens pour être emmenées on ne sait trop où. L’usine qui a broyé, détruit leur père puis leur famille, s’en prend maintenant à eux. Avec pour grande différence que leurs pères étaient ouvriers, ce qui signifiait en leur temps fierté du travail bien fait et appartenir à une communauté. Or leurs enfants ne sont plus qu’opérateurs sans possibilité de se fixer parce qu’un opérateur ça change tout le temps d’employeur. Sans compter qu’ils ont en plus été programmés pour qu’ils ne puissent envisager la vie sans être diplômés. Allez donc avec ça vous éloigner du logis familial. Même pas possible de vivre avec la personne que vous aimez. « Les saumons vont mourir là où ils sont nés ».

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