La commode aux tiroirs de couleurs, Olivia Ruiz, Éditions Jean-Claude Lattès

Pas d’idée préconçue ! Un chanteur ou une chanteuse peut parfaitement se transformer en excellent écrivain. Marc Lavoine l’avait montré avec L’homme qui ment. Olivia Ruiz s’y est collée avec La commode aux tiroirs de couleurs, une merveille de roman sur la transmission au sein d’une famille déracinée. Un livre consacré à la grand-mère de la narratrice et aux femmes qui l’ont entourée : ses deux sœurs, sa mère, sa fille ainsi que toutes celles qui l’ont aidée à vivre. Un bouquin écrit au féminin, dynamique, sensuel, amoureux, où le malheur n’a jamais le dernier mot. Un roman sonore, odorant, goûteux grâce à la cuisine que ces femmes ont ramenée d’Espagne. Dans leurs murs ça sent la tomate, l’oignon, l’ail, le poivron, le piment, le safran, la cannelle, la fleur d’oranger, le jasmin. Le roman parle de la langue qu’il faut apprendre pour entrer dans un nouvel environnement. Le livre est à l’image d’Olivia Ruiz qui a mélangé sa parentèle pour l’écrire. Publié en 2020, La commode aux tiroirs de couleurs a connu un grand succès parfaitement mérité.

Espagnols de merde, ils sont sales, ils puent

L’histoire repose sur une commode qu’une grand-mère a légué à sa petite-fille pour qu’elle découvre tiroir après tiroir quelle a été sa vie. L’Albuela, Rita de son vrai nom, c’était le ciment de la famille. Rita était avec Papi celle qui emmenait les cousins en vacances à Narbonne-Plage. Dormir à six tête-bêche avec les grands-parents dans le lit du mobile home qu’ils louaient était un plaisir. Le drame n’intervenait que quand un des enfants devenu trop grand devait migrer sur un lit de camp. Mais avant, bien avant, la vie de Rita avait été compliquée. Ses parents, Républicains espagnols, l’avaient envoyée en 1939 avec ses deux sœurs dans de la famille en France, peu avant la fin de la guerre civile. Une migration que près d’un demi-million de compatriotes ont connu. Les parents de Rita étaient restés, fidèles à leur engagement, et traqués ils finirent pas se donner la mort. Rita, Leonor et Carmen aboutissent chez le tió Pepe de Narbonne après un passage par le sinistre camp d’Argelès. Les premiers mots français qu’elles apprennent sont ceux prononcés sur leur passage : Espagnols de merde, ils sont sales, ils puent. Et comme le tió Pepe ne veut pas altérer son statut de notable en les accueillant, il les place dans un immeuble occupé par des réfugiés. Pour elles une chambre qu’elles payent en faisant de la couture. La boss de l’immeuble s’appelle Madrina. De sa chambre de 25 mètres carrés qu’elle habite seule elle régente tout. Les repas qu’il est interdit de sauter, les travaux de couture, la formation des couples. Celui-là, même pas en rêve, il fourre sa nouille partout. Rude et attentive. Une mère de substitution pour Rita à qui elle explique ses premières règles.

Rita qui rêve de s’intégrer parle français sans accent

Rita tombe amoureuse de Raphael un réfugié andalou rencontré à Toulouse, un ardent défenseur de la République qui n’a jamais baissé les bras devant le régime de l’hijo de puta. Rita qui rêve de s’intégrer parle français sans accent et se fait appeler Joséphine Blanc. Mais Raphael n’est pas dupe. Le coup de foudre est total. Ils vivent ensemble deux ans d’un amour fou, jusqu’à ce que le bel Andalou ne revienne pas d’une mission au pays de Franco. Rita retourne à Narbonne, elle retrouve ses sœurs et Madrina, et c’est dans cet environnement de femmes qu’elle met au monde sa fille. André son voisin français s’impose comme le père de son enfant. Tout le monde sait autour d’elle qu’il n’est pas le père biologique mais Rita ne le dira jamais à sa fille Cali, parce que sa fille ne voudra jamais l’entendre. André est un bon père et un piètre amant pour Rosa. Il finit toutefois par lui faire un petit Juan. Mais rien n’est simple dans cette famille qui se fixera à Marseillette où a grandi Olivia Ruiz.

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