Paolo Cognetti, La félicité du loup, Éditions Stock

Un livre de montagne comme toujours chez Cognetti. Un peu toujours le même livre, fait de courts chapitres que l’on déguste d’autant plus goulûment. Un livre apaisant, avec des personnages tellement attachants. Après Le garçon sauvage, après Les huit montagnes Cognetti nous emmène encore une fois sur les pentes du Val d’Aoste pour suivre son double prénommé ici Fausto. À quarante ans il se réfugie à Fontana Fredda une minuscule station de ski, trop petite pour avoir oublié ses racines paysannes. Fausto vient de se séparer de sa compagne avec qui il vivait à Milan. Un peu écrivain, il considère qu’une vie d’ascèse à ramasser du bois et à dîner devant son poêle serait ce qui lui conviendrait le mieux. Mais arrive un moment où il n’a plus un sou en poche. Alors plutôt que de redescendre dans la capitale lombarde chercher un travail, il préfère s’épancher au comptoir autour d’un verre avec Babette. Ce n’est pas le vrai nom de cette femme, on l’appelle ainsi parce qu’elle a un jour tenu un restaurant baptisé Le Festin de Babette. Mais dans l’unique estaminet de Fontana Fredda point de mets compliqués, les travailleurs d’altitude n’en veulent pas. Il n’y a qu’un menu avec des pâtes, de la viande, des pommes de terre et du fromage. Un risotto ? Des courgettes ? De la chicorée Trévise et des poireaux ? Impossible. La seule présence d’une omelette génère une émeute. Pour cuisiner pendant les trois mois d’hiver Babette embauche Fausto qui fait parfaitement l’affaire. Le travail lui plaît et il lui permet de rencontrer Silvia la serveuse. Un soir elle le fait monter dans sa chambre. Quand il lui rend la pareille, Silvia aperçoit un livre sur une étagère. Un livre qui raconte des histoires de couples, le seul que Fausto a réussi à faire publier. Ça tombe bien parce que Silvia a dans une vie antérieure bossé dans une librairie à Bologne. Elle a dix-huit ans de moins que lui, mais il fait froid l’hiver quand on est seul sous la couette, ils sont faits pour vivre un moment ensemble.

La place des hommes dans ces montagnes c’est le loup qui la connaît

Au-delà de l’histoire d’amour de Fausto et Silvia Paolo Cognetti nous propose une plongée dans la vie de ses montagnes. On y découvre la diversité des forêts avec les mélèzes plantés pour leur bois dur, et qui ne résistent pas à la tempête. Au contraire des sapins élastiques, incassables, mais dont personne ne veut parce que ce bois ne vaut rien. On y croise des bûcherons venus de Bergame, de Valteline une vallée située entre l’Italie et la Suisse, et de Moldavie. Fausto cuisine pour eux des patates à la Mario en souvenir d’une nouvelle de Rigoni-Stern. On comprend comment la végétation s’adapte en altitude à l’aide d’une arithmétique qui convertit l’élévation verticale en déplacement horizontal, monter 1 000 mètres étant équivalent à se déplacer de 1 000 kilomètres vers le nord. On rencontre une octogénaire qui ramène en pleine nuit du foin à la vache qu’elle élève. On s’attache à un montagnard bourru qui entretient leLa félicité du loups pistes l’hiver et marche comme personne quand la neige a disparu. La place des hommes dans ces montagnes, c’est le loup qui la connaît. Après la saison du ski il ne les sent plus. Il est loin le temps où l’animal ne se rassasiait pas d’un blaireau ou d’un loir. Désormais il y a pour lui du chamois, du cerf, du sanglier à profusion. Et du bétail. Alors les hommes vont devoir faire avec.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*