L’eau rouge, Jurica Pavičić, Éditions Agullo

C’est un roman policier qui truste les prix. Grand prix de littérature policière catégorie étranger, prix Le Point du polar européen, prix Transfuge du meilleur polar étranger. C’est en première vue un polar classique, une histoire de cold case, celle de la disparition d’une adolescente de presque dix-huit ans un soir de fête sur la côte dalmate. Jamais élucidée elle va durer trente années. Mais comme l’affaire débute en 1989, elle va être percutée par l’éclatement de la Yougoslavie et la guerre qui lui succéda. L’écrivain croate Jurica Pavičić se saisit de tous ces éléments pour nous proposer un roman qu’il ne faut surtout pas manquer. Roman policier, roman psychologique, roman historique sur la transformation d’une nation. Parce qu’il est aussi scénariste, Pavičić a l’art de nous emmener dans son histoire, mais aussi de nous raconter cette période tellement douloureuse. De nous compter comment les affairistes, les spéculateurs immobiliers, la corruption des politiciens ont remplacé le communisme de Tito. Jurica Pavičić ne se complaît pas pour autant dans la noirceur. On en ressort une fois de plus convaincu que le roman policier n’est en rien un genre mineur de la littérature. Que quand il est écrit par des auteurs comme Dennis Lehane ou Nicolas Mathieu il atteint des sommets. Jurica Pavičić est de cette trempe. L’eau rouge est son septième roman, le premier traduit en français. Pavičić espère que ses prix lui ouvriront de nouvelles portes. On le souhaite également car la littérature croate se fait rare en France. On se félicite donc d’avoir proposé sur ce blog La réparation du monde de Slobodan Šnajder et dans un autre genre Le dernier penalty de Gigi Riva qui raconte la dernière équipe yougoslave engagée à la Coupe du monde de football. On précise encore que L’eau rouge est publié par les éditions Agullo, un petit éditeur girondin, comme quoi il n’y a pas qu’à Paris qu’on publie de bons livres.

L’enquête sera dirigée par l’inspecteur Gorki Šain

En ce 3 septembre 1989 Vesna et Jakov sont dans leur maison de Misto en Croatie. Le couple est marié depuis une vingtaine d’années et ils pensent que leur vie familiale va perdurer en ces temps agités. Ils ne s’intéressent pas à la politique alors peu importe que le parti slovène ait demandé une réforme de la Fédération yougoslave. Vesna et Jakov ont deux jumeaux de presque dix-huit ans, Silva et Mate qui terminent leurs études à Split. Jakov est comptable dans une usine d’accessoires en plastique, Vesna enseigne la géographie. En ce jour Silva sort de la maison pour aller à une fête. Ils ne la reverront plus. Le lendemain matin ni ses parents ni son frère ne sont inquiets. Misto n’est qu’un gros bourg au bord de la mer, il ne s’y est jamais rien passé. Quand Mate se rend chez Brane, le copain de Silva, il ne la trouve pas. D’ailleurs Brane n’était pas à Misto la veille au soir. Pendant la fête Silva a dansé avec Adrijan Lekaj le fils du boulanger puis ils se sont éclipsés. Mais Adrijan dit à Mate qu’elle l’a quitté vers une heure pour rentrer chez elle. Elle ne voulait pas traîner car elle devait partir en voyage le lendemain. Il est temps d’appeler la police dont l’enquête sera dirigée par l’inspecteur Gorki Šain. Šain c’est un nom qui compte en Yougoslavie. Gorki est le petit-fils d’un héros de la guerre qui s’est battu au côté de Tito. En fouillant la maison la police ne trouve ni les papiers de Silva, ni son argent, mais un sachet d’héroïne. La police identifie le dealer de Silva, un certain Cvitković, mais ne donne pas suite.

Mate va la chercher aussi longtemps que nécessaire

L’enquête piétine. Jakov commence à s’en mêler, il surveille Cvitković et colle avec Mate des avis de disparition jusqu’à Split et même en Bosnie.Vesna plonge dans une dépression profonde, l’espoir disparaît. Et puis arrive le témoignage d’une jeune femme qui affirme avoir vu Silva le jour de sa disparition à la gare de Trieste. Elle serait donc vivante. Sa mère sait qu’elle ne l’a pas attendue pour rien, qu’elle a eu raison de ne toucher à rien dans la chambre de sa fille, de changer les draps chaque semaine. Mate se dit qu’il va la chercher aussi longtemps que nécessaire. En dehors de la famille la vie suit son cours, mais elle devient plus compliquée. À l’usine de Jakov les salaires ne sont plus payés. Avant c’était simple, le directeur appelait le comité du parti qui arrangeait le coup. Mais c’était avant. D’ailleurs les délégués slovènes et croates viennent de quitter le congrès du PC qui se déroule à Belgrade. Les chars entrent à Drniš, des combats se déroulent à Šibenik. Dans les commissariats les photos de Tito cèdent la place aux crucifix et aux photos du pape. Pour l’inspecteur Šain la période se fait mauvaise. Il représente la Yougoslavie communiste. De toute façon en ces temps agités, qui se soucie encore de la disparition d’une jeune fille ?

Qu’en dit Bibliosurf ?
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