Ainsi Berlin, Laurent Petitmangin, Éditions La Manufacture de livres

Deuxième livre réussi pour Laurent Petitmangin, après le fulgurant Ce qu’il faut de nuit salué par de nombreux lecteurs et plusieurs prix. Ce n’était pas gagné car les écrivains trébuchent parfois sur la seconde marche tant ils ont livré d’eux-mêmes dans leur première tentative. Avec Ainsi Berlin on change d’univers avec un roman de genre, un roman d’espionnage qui se déroule à Berlin pendant et après la guerre. Changement partiel cependant car comme pour son premier roman Laurent Petitmangin ancre son récit dans l’histoire, celle de la construction de la République démocratique allemande (RDA) comme il l’avait fait précédemment dans la Lorraine d’après la sidérurgie. Le livre pourrait aussi être qualifié de roman psychologique car il repose sur les rapports d’une femme et d’un homme. Käthe convaincue que l’avenir de son pays passe par le socialisme, et Gerd beaucoup plus suiveur. Käthe qui décide et Gerd qui obéit autant pour préserver son statut que parce qu’il croit au projet. Käthe qui tire les ficelles, Gerd le pantin d’autant plus désarticulé qu’une deuxième femme le tente à l’Ouest. Le mur n’est pas encore construit alors pour préserver l’avenir de la RDA, il faut bien en ériger d’autres. De ceux qu’on n’abat pas avec une pioche. Il le fallait pour faire vivre une l’Allemagne communiste qui rapidement n’a plus fait rêver grand-monde, à cause de l’activité de sa police et parce que les lumières étaient plus vives à l’Ouest.

Les Lebensborn nazis, ces machines à fabriquer de l’aryen, n’étaient pas loin

Pendant la guerre Gerd avait comme Käthe appartenu à un réseau de résistance. Souhaiter le bombardement de la capitale du Reich par les Anglais et les Américains avait été son quotidien, tout en imaginant qu’être du bon côté allait les protéger. Et c’est ce qui arriva puisque le conflit terminé il retrouva Käthe à la résidence de Walter Ulbricht tout juste rentré de Moscou. Le pays était en ruine, Käthe contribuait à sa reconstruction en dirigeant des femmes qui récupéraient des briques au milieu des débris. Elle ne leur cédait rien et pour elle l’avenir s’annonçait prometteur. Débarqua alors du Massachusetts Elizabeth, Liz, cette jeune architecte qui à peine arrivée apprit que son mari venait de décéder. Elizabeth décida de rester pour reconstruire la ville. À vingt ans Gerd allait passer ses après-midi avec elle et ses soirées avec Käthe. Heureux homme. Puis le programme Spitzweiler prit son essor. Il s’agissait de créer la future élite intellectuelle du pays. De rassembler en un même lieux les meilleurs mathématiciens, physiciens, chimistes pour qu’ils enfantent. Les Lebensborn nazis, ces machines à fabriquer de l’aryen, n’étaient pas loin. Sauf que dans la version communiste les enfants n’étaient pas élevés ensemble, ils étaient d’abord confiés à des familles d’accueil et bénéficiaient de toutes les facilités pour leur éducation. Comme le pays était pillé autant par l’Ouest que par les Soviétiques, cela ne suffisait pas. Käthe mit alors sur pied une détection des meilleurs élèves au sein des écoles pour alimenter sa création : la Caserne des mathématiques et des sciences. L’avenir du pays était entre ses mains. Mais le chemin de la réussite était bien tortueux en cette période de guerre froide.

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