L’inconnu de la poste, Florence Aubenas, Éditions de l’Olivier

Lac de Nantua dans le Haut-Bugey. Pendant longtemps on s’y arrêtait avant d’aller à Genève ou en Italie. Dumas, Aragon, Fernand Raynaud y avaient leurs habitudes. La construction de l’autoroute dans les années soixante-dix a mis fin aux villégiatures. Désormais on contourne le site. Nantua n’est plus qu’une sauce qui accompagne les quenelles. Mais le meurtre d’une postière va remettre la cité au-devant de l’actualité. L’histoire commence le 27 juin 2007 avec l’arrivée de Gérald Thomassin. Il a 33 ans, il est mince et il cherche une place de camping sur les bords du lac. Corinne un peu plus âgée que lui l’accompagne. Pendant l’été Thomassin se rend à la poste de Montréal-la-Cluse pour ouvrir un livret A. Il explique à la conseillère financière qu’il est acteur, qu’il vient de jouer dans un film de Jacques Doillon. Il a gagné 17 000 euros deux mois plus tôt dont il ne saurait dire ce qu’il en a fait. Il a même reçu le César du jeune espoir masculin en 1991 mais il vit désormais du RMI. Thomassin finit par quitter le camping, plus ou moins chassé pour avoir abusé de l’alcool et fait trop de bruit. Il se trouve un petit appart dans un immeuble qualifié de repaire de cas sociaux.

Le drame est découvert le 19 décembre 2008 au matin

À la poste l’employée s’appelle Catherine Burgod. C’est une belle femme blonde de quarante ans avec des faux airs de Sophie Marceau. Elle a deux enfants, un mari dont elle voudrait divorcer, et un père qui est un notable important. Fin 2007 Catherine fait plusieurs tentatives de suicide, et elle se remet en couple avec celui que ses copines appellent « Le Nouveau ». À Montréal-la-Cluse Thomassin zone avec deux potes Tintin et Rambouille. Avant ils gagnaient leur vie dans La Plastic Vallée, la vallée industrielle qui descend d’Oyonnax. Mais avec l’alcool et l’héroïne, ils se sont retrouvés sur le carreau. Le drame est découvert le 19 décembre 2008 au matin quand un ébéniste et une secrétaire médicale pénètrent dans la poste de Montréal-la-Cluse. Si tout est comme d’habitude bien rangé, Catherine Burgod gît dans une marre de sang. Elle a été assassinée à coups de couteau. Ses amies savent qu’elle était enceinte.

Elle décrypte cette société d’ouvriers de la plasturgie, de notables, et de paumés

Alors commence une enquête qui va durer quatorze ans pour ne jamais livrer ses secrets. Et pourtant avec Florence Aubenas nous disposons de la meilleure spécialiste des faits divers. Celle qui depuis des années les décrypte pour Le Monde. Le quai de Ouistreham récemment porté au cinéma c’était elle. Cette fois pas de rôle de composition pour mieux comprendre la vie de ses personnages, mais toujours une implication totale dans son récit. Florence Aubenas raconte comme si elle filmait. Elle décrypte cette société d’ouvriers de la plasturgie, de notables, et de paumés. Ici la vie est rude. Nombreux sont les paysans qui ont lâché le métier pour accueillir une presse à la ferme. Elle ne devait jamais s’arrêter, alors toute la famille se relayait au risque d’y perdre une main. Le Jura n’est pas une terre ou les populations se brassent. On vit et on meurt sur place. Tout le monde se connaît. Alors quand la fille de l’ancien secrétaire de mairie est assassinée, tous les habitants voudraient aider à la découverte du meurtrier.

Béatrice Dalle et Dupont-Moretti lui évitent les assises

Pas de chance, l’enquête ne mène nulle part. Il faudra beaucoup de temps pour qu’elle aboutisse à l’arrestation Gérald Thomassin. Pas plus drogué ou alcoolique que les deux potes avec qui il zone. Mais tellement fracassé par la vie. Enfant de la Ddass, mère toxico, père inconnu, violé dans sa famille d’accueil. Il aurait dû être sauvé par le cinéma, sauf que les réalisateurs à commencer par Jacques Doillon ont été trop heureux de le maintenir dans son rôle de paumé garant de la véracité de leurs films. Et puis Thomassin a joué dans Le petit criminel, si c’est pas un indice ça ! Florence Aubenas le suit pendant dix ans, d’interrogatoires en séjours en hôpital psychiatrique, du subutex qu’il s’injecte à sa vie de SDF. Béatrice Dalle et Dupont-Moretti lui évitent les assises. En 2019 Mamadou Diallo un jeune ambulancier est arrêté. Thomassin est convoqué au Palais de justice de Lyon. Son téléphone borne une dernière fois du côté de Nantes avant sa disparition définitive. Suicidé ou enlevé on ne le sait toujours pas. Peu avant il avait expliqué à Florence Aubenas combien il était heureux de se rendre à Lyon. Une année encore et Thomassin est définitivement mis hors de cause par la Justice. Le 04 avril 2022 la cour d’assises acquitte au bénéfice du doute Mamadou Diallo du meurtre de Catherine Burgod. Son avocate s’est dite convaincue de la culpabilité de Thomassin. Une histoire sans fin.

La très belle interview donnée par Florence Aubenasà Littérature sans frontières
https://podcasts.podinstall.com/rfi-litterature-sans-frontieres/202103061330-litterature-sans-frontieres-florence-aubenas-au-dela-du-fait.html

Qu’en dit Bibliosurf ?
https://www.bibliosurf.com/L-Inconnu-de-la-poste.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*