La guerre est une ruse, Frédéric Paulin, Éditions Agullo

Il faudra un jour savoir pourquoi les auteurs de romans noirs sont quasiment les seuls à traiter de sujets politiques. Frédéric Paulin est de ceux-là, et il revendique en tant qu’écrivain de polars le droit d’écrire sur d’autres thèmes que les psychopathes. Avec La guerre est une ruse, premier volume d’une trilogie consacrée à la décennie noire en Algérie, celle des années quatre-vingt-dix, il y réussit magnifiquement. Paulin nous propose un récit haletant, un roman primé dans un grand nombre de festivals, ainsi que le décryptage de cette période si mal connue. Des années infiniment douloureuses puisqu’on parle d’une centaine de milliers de morts et d’un million de déplacés en Algérie. Avec des massacres dans les grandes villes aussi bien que dans les campagnes, et des habitants qui dormaient parfois devant la porte de leur maison pour ne pas mourir égorgés pendant leur sommeil. Mais cette décennie n’a pas touché que l’Algérie puisque rapidement le terrorisme islamique s’est propagé en France avant de se répandre dans une grande partie du monde. C’est tout cela que nous raconte avec beaucoup de talent Frédéric Paulin. En commençant par la guerre civile algérienne, qu’il analyse comme une lutte entre les généraux algériens et les groupes islamiques, leurs créatures qui leur ont échappé. Chez Paulin inutile de chercher une dichotomie entre les bons et les méchants. Parce que des généraux algériens prêts à tout pour garder le pouvoir et des barbus armés, on peine à dire quels sont les pires. Même ses personnages attachants ne sont pas entièrement clairs tant ils sont torturés par leurs secrets. C’est pour cela qu’on s’attache à eux, qu’on tremble pour eux, comme pour tous ces innocents qui traversent la période plutôt mal que bien. Alors on tourne les pages pour savoir comment l’histoire, du moins la « petite » va se terminer. Parce que pour la « grande », on connaît la réponse. Elle se poursuit avec les mêmes personnages dans un pays qui semble maudit après des siècles de colonisation et une guerre de libération qui a fait tant de morts. La suite c’est aussi ce que l’on constate tous les jours, dans des pays lointains, comme devant nos yeux avec des processus sécuritaires qui ne sont pas prêts de disparaître.

Il ne s’agirait donc pas que la France s’y oppose au nom de la défense d’idéaux démocratiques

1992, Constantine. Le capitaine Albin Stein agent traitant de la DGSE, le service de renseignement français, connaît bien l’Algérie. Il a des racines séfarades mais n’est pas juif comme son nom pourrait le laisser croire. Mais la question n’intéresse pas le commandant Djaber. Ce qu’il souhaite savoir c’est si la France, le pays colonisateur, est en capacité d’aider l’Algérie. Alors Djaber se rapproche de Stein, et lui explique que les généraux algériens vont infiltrer les maquis du Front islamiste du salut (Fis) pour les pousser à commettre des attentats qui les délégitimeront. La liste des cibles, toutes de la société civile, est déjà arrêtée. Le Fis qui a gagné les premières élections libres organisées en Algérie et qui a été privé de la victoire par le coup d’État de l’armée, ne devrait pas s’en remettre. Il ne s’agirait donc pas que la France s’y oppose au nom de la défense d’idéaux démocratiques. Or du côté de Tamanrasset, aux portes du désert, là où les Français avaient fait sauter leur bombe, le camp d’Aïn M’guel se remplit. Les militaires emprisonnent les islamistes et d’autres opposants politiques, ils les interrogent si besoin à la gégène comme aux temps anciens.

De ceux où on peut y laisser ses couilles

Tedj Benlazar travaille depuis huit ans pour la DGSE dont deux en Algérie. Ce lieutenant français est en mission à Blida, une ville écrasée par la chaleur, mais ce n’est pas ce qui explique le calme ambiant. C’est la peur. Celle des attentats qui mutilent les corps comme récemment à l’aéroport d’Alger. Le procès qui a abouti à l’exécution de quatre islamistes n’a convaincu ni Benlazar ni ses chefs. En tant que représentant officiel de la DGSE, Benlazar est parfois convié par le DRS, le service de renseignement algérien, à assister à des interrogatoires. De ceux où on peut y laisser ses couilles. C’est ainsi que Benlazar a confirmation de la création du GIA, le groupe armé islamique. La branche issue du FIS qui a décidé de poursuivre le combat par les armes. C’est aussi dans ces circonstances qu’il comprend qu’Aïn M’guel n’est pas qu’une simple prison. Plutôt un camp de concentration voire pire. Une information que le DRS tient absolument à garder secrète. Inutile de donner des arguments aux islamistes.

Très mauvaise idée que de s’afficher aux côtés d’une musulmane


Benlazar est Algérien par son père et Français par sa mère. Il parle couramment arabe, sa femme et ses deux filles vivent en France. Benlazar est proche du commandant Rémy de Bellevue, un ancien d’Afrique qui a ramené d’un séjour au Tchad une ravissante compagne. Benlazar va lui aussi s’éprendre d’une jeune Algéroise à la beauté stupéfiante. Elle est pourtant fiancée, mais on dit que son promis est mort à Aïn M’guel. Très mauvaise idée que de s’afficher aux côtés d’une musulmane dans une ville où on enlève des Français jusque devant leur ambassade. Surtout que même les prisons les plus sécurisées du pays ne résistent pas aux assauts des islamistes. Un fait d’armes qui leur a permis de faire sortir 1 200 prisonniers et de récupérer des armes lourdes. Une action incroyable dont on se demande s’ils ont pu la commettre seuls. Tout est tellement complexe dans ce pays.

Qu’en dit Bibliosurf ?
https://www.bibliosurf.com/La-guerre-est-une-ruse.html

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