Prémices de la chute, Frédéric Paulin, Éditions Agullo

Deuxième volet de la trilogie de Frédéric Paulin sur la décennie noire, celle qui accoucha du terrorisme islamique. Prémices de la chute est au moins aussi réussi que le premier volume La guerre est une ruse ce qui n’est pas peu dire. Le rythme est haletant, le scénario détonnant, l’écriture tonique et le fond toujours aussi enrichissant. Ce roman noir peuplé de personnages imaginaires nous raconte l’apparition d’Al-Qaïda de 1996 au 11 septembre 2001 jour de l’attaque des tours du World Trade Center. Il confirme l’immense talent de Frédéric Paulin qui en ressort comme faisant partie des auteurs les plus accomplis du roman noir, de Thierry Jonquet à Dennis Lehane et à tous ceux qu’il vous plaira de faire figurer dans cette liste. Dans ce second tome Paulin délaisse l’Algérie et centre son récit sur la France avec des incartades dans des pays moteur de l’histoire du terrorisme. On voyage en Bosnie, au Pakistan, en Afghanistan à la recherche de Oussama ben Laden, ainsi qu’aux États-Unis. Mais c’est en France que se déroule la majeure partie de l’action avec l’apparition des premiers commandos désormais composés de Français. Ces nouveaux terroristes se comportent en braqueurs, ce qui permet au bouquin de démarrer comme un polar classique. Tadj Benlazar perd de son importance au profit de sa fille, de sa maîtresse, d’un journaliste et de quelques enquêteurs. On ne perd pas au change car l’empathie est toujours au rendez-vous. Assurément une grande réussite !

Benlazar n’en croit rien; il renifle le djihad à venir

1996, la guerre a commencé. Une voiture de la Bac est criblée de balles de kalachnikov à Roubaix. Le capitaine Joël Attia et le lieutenant Riva Hocq arrivent trop tard. Les tireurs sont peut-être les mecs qui ont braqué la supérette de Wattrelos il y a une semaine. Le journaliste Réif Arno est réveillé à deux heures du matin par son rédacteur en chef qui l’envoie en reportage. De son vrai nom Arnotovic, Réif est né en France après le départ de ses parents de Yougoslavie. Avec ce qui se passe dans l’ancien pays de Tito, il a préféré écourter son nom. Passer pour un Serbe ne serait pas une bonne idée en cette période de massacres ethniques. Réif est mal payé comme la plupart de ses confrères, mais il bosse bien du moins quand il ne prend de coke. Alors il quitte Vanessa la fille de dix-sept ans qu’il a rencontrée la veille et il sort dans la nuit. Membre de la DGSE Tadj Benlazar s’est installé à Sarajevo pour surveiller le bataillon des volontaires islamistes internationaux, des Afghans, des Arabes, parfois des Européens. Il a laissé en France sa fille Vanessa et Lauréline Fell la commissaire de la DST avec qui il a une liaison. La hiérarchie de Tadj pense que la guerre de Yougoslavie étant finie, les combattants étrangers vont rendre leurs armes. Benlazar n’en croit rien, il renifle le djihad à venir. Officiellement la paix a été rétablie en Bosnie par les accords de Dayton, mais l’histoire n’est pas terminée.

Réif Arno ne se doute pas qu’il met les pieds dans un des creusets du terrorisme

À Roubaix Réif Arno apprend d’un informateur le nom des deux tireurs. Ils s’appellent Lionel Dumont et Christophe Caze et ils ne sont pas des braqueurs ordinaires. Ils n’appartiennent pas au milieu. Ces deux Français viennent de Bosnie, ils ont sans doute combattu dans la brigade El  Moudjahidin, et ils cherchent de l’argent pour financer le djihad. Les attaques des supermarchés continuent. On commence à parler du « gang de Roubaix ». Réif Arno s’envole vers Sarajevo sans connaître ce proverbe qui faisait florès pendant la guerre : qu’est ce qui différencie un Bosniaque intelligent d’un Bosniaque stupide ? Le Bosniaque intelligent appelle le Bosniaque stupide de l’étranger. Réif ne se doute pas qu’il met les pieds dans un des creusets du terrorisme islamiste peuplé d’anciens de Tchétchénie et d’Afghanistan, financés par les wahhabites d’Arabie Saoudite. Il n’est pas le seul. Presque tous les services de sécurité du monde occidental ne voient rien venir. Ils vont s’en mordre les doigts. Et nous aussi.

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