La fabrique de la terreur, Frédéric Paulin, Éditions Agullo

2010, Tarek un jeune Tunisien de Sidi Bouzid s’immole par le feu. Il n’en peut plus des gifles et du racket des policiers qui viennent en plus de lui prendre sa charrette de primeur ambulant. Wassim Kacem a dix-neuf ans, il est amoureux de Maram. Il fait partie des Tunisiens qui hurlent leur colère contre le président Ben Ali. Il aurait aimé être mécanicien mais il n’y a pas de travail. Wassim gagne un peu d’argent en vendant de l’essence ramenée d’Algérie. À Lunel dans l’Hérault Simon s’est converti à l’islam. Il vient d’avoir son bac, il a entamé des études informatiques, mais c’est sa nouvelle foi qui remplit sa vie. À Toulouse la commissaire divisionnaire Lauréline Fell dirige la DCRI, le service de police en charge du renseignement intérieur. Elle a réussi à éviter la prison à Tedj Benlazar avec qui elle partage sa vie dans la maison qu’elle a achetée en Haute-Loire. À Pontempeyrat, Tedj qui a dépassé les soixante ans, se sent bien. Il cherche des champignons avec son ami Gérard et fait à manger à Lauréline quand elle débarque. Vanessa la fille de Tedj a démissionné du Parisien. Elle travaille comme journaliste free-lance et réalise des documentaires. Sujets privilégiés : l’islamisme et les pays arabes. Son compagnon Réif Arnotovic n’est plus journaliste, il enseigne le français en banlieue et veille sur leurs deux fils Arthur et Achille quand Vanessa part à l’étranger.

Ihsane connaît le jeune Merah

Toulouse 2011, le lieutenant Bout de l’An et la brigadier Ihsane Chaoui surveillent les frères Merah, Abdelkader l’aîné et Mohamed le second. La policière a quitté sa tenue pour le renseignement parce qu’elle est une des rares dans la police à parler couramment arabe. Ihsane connait le jeune Merah, elle est au courant de ses séjours en prison, de sa personnalité déséquilibrée, de sa radicalisation. Elle n’attend rien de bon de sa part. Atef Belhaj est membre de Ennahdha, un parti islamique tunisien. Il a emmené Wassim Kacem et un ses copains à Tunis. C’est dans la capitale que la révolte contre Ben Ali se déroule. Belhadj est partisan de l’instauration d’un califat en Tunisie, un point de vue minoritaire au sein d’Ennahdha. Ce parti est certes religieux mais pas rétrograde, il refuse la théocratie. La plupart des militants sont contre les mariages forcés. Alors pour faire avancer sa cause Belhadj recrute des jeunes Tunisiens et les envoie se former en Lybie. Là-bas Kadhafi est un appui sûr pour les islamistes.

Pourtant les signes avant-coureurs ont été nombreux

Avec ce dernier volet de sa trilogie consacrée au terrorisme islamique Frédéric Paulin entre définitivement parmi les grands écrivains. C’est un formidable raconteur d’histoires, la vraie que l’on connaît plus ou moins, et celle de ses personnages. Cet ultime tome nous emmène de 2010, date du début des printemps arabes, aux attentats de 2015. Ceux de Charlie Hebdo et du Bataclan. Avec une construction démoniaque le récit décrypte les innombrables ratés des services de renseignement qui, de restructurations en cécités des hiérarchies, refusent de voir arriver l’horreur. Pourtant les signes avant-coureurs ont été nombreux, des attentats de Bruxelles aux crimes de Mohamed Merah. La monstrueuse guerre syrienne était également riche de ce qui allait se passer en Europe. Mais Ben Laden abattu, l’Amérique s’en est réjouie et a feint d’ignorer que le djihad allait continuer avec Al-Qaïda et d’autres organisations. En France les services du renseignement se sont crus sauvés par la fin de la guerre civile algérienne. Tout au plus la politique extérieure du pays a-t-elle évolué. Kadhafi l’allié qu’on avait hier autorisé à planter sa tente dans les jardins de l’Élysée est devenu l’ennemi à abattre. On avait envisagé de lui vendre du nucléaire, on le présente désormais comme le représentant du mal. Aurait-on des traces à faire disparaître ?

Qu’en dit Bibliosurf ?
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