Entre fauves, Colin Niel, Éditions du Rouergue

Martin est un garde du parc national des Pyrénées. Il cherche depuis un an et demi des traces de Cannellito, le seul ours du massif avec un peu de sang pyrénéen. Le fils de Cannelle l’ourse autochtone et d’un mâle slovène a-t-il quitté la vallée d’Aspe comme lui suggère son collègue Antoine ? Ou s’est-il fait buter comme cela s’est déjà produit avec d’autres plantigrades ? Martin n’aime pas les chasseurs. Il anime un groupe Facebook qui dénonce ceux qui partent en Afrique se faire un crocodile, un hippopotame, voire un guépard, ou au Kamtchatka dézinguer un ours brun. Martin n’apprécie pas davantage les viandards qui massacrent les sangliers en groupe par chez lui. Il lui est arrivé de s’y opposer en crevant les pneus d’une de leurs voitures. Aujourd’hui celle qu’il cherche est la jeune femme blonde qui pose sur Facebook, un arc à la main, devant un lion ensanglanté. Apolline fête ses vingt ans. Son père lui offre un arc Mathews, la quintessence des arcs de chasse. Elle est la seule de la famille à partager cette passion, ce qui a motivé son paternel à l’emmener tirer un lion en Namibie. Une opportunité rare, limitée aux animaux déclarés « problématiques », une occasion au tarif exorbitant réservée aux chasseurs étrangers. Kondjima et son père emmènent leur troupeau de chèvres dans la montagne. Dans ce coin de Namibie la sécheresse est plus forte qu’elle n’a jamais été. Peu de chances pour le bétail de survivre en restant dans la plaine. Mais lors de la première étape l’enclos ne résiste pas à l’attaque du vieux lion. Une catastrophe pour le chef de famille qui perd la totalité son cheptel. Peut-être une ouverture pour son fils, fou amoureux de la belle Karieterwa, qui voit poindre la possibilité d’épouser la jeune femme bien qu’elle soit d’une lignée bien supérieure à la sienne. Mais il lui faudra pour cela tuer le fauve, renouant ainsi avec les plus anciennes traditions de son peuple, n’en déplaise aux interdictions édictées par les autorités de Namibie.

Pour ce qui est des animaux, on a peu de doute sur les sentiments de Colin Niel

Une triple découverte avec ce polar cynégétique. Celle d’un bouquin détonnant, un page turner, autrement dit un livre impossible à lâcher. Celle d’un auteur avec pas mal de romans au compteur, souvent primés, et presque tous liés à la nature. Rien d’étonnant quand on consulte le parcours de Colin Niel, nouvel auteur sur ce blog, ingénieur des Eaux et forêts, spécialiste de la biologie de l’évolution et de l’écologie selon sa fiche Wikipédia. Découverte également des éditions du Rouergue via leur collection « Noir ». Cet éditeur dont le nom atteste d’un lien originel avec l’Aveyron, est désormais lié à Actes Sud ce qui constitue un gage de qualité. Entre fauves nous propose une course-poursuite entre les montagnes pyrénéennes et le bush namibien. Avec à la clef une double interrogation sur la légitimité de la préservation des animaux sauvages et la traque des personnes sur Internet. Pour ce qui est des animaux, on a peu de doute sur les sentiments de Colin Niel qui se positionne aussi bien en faveur de l’ours béarnais que du lion d’Afrique australe. Peu importe les quelques brebis consommées par le plantigrade. L’ours leur fera infiniment moins de mal que les ovins néo-zélandais qui sont les véritables fossoyeurs des éleveurs français. Quant à la cohabitation avec l’homme, elle se passera d’autant mieux que les chasseurs ne violeront pas les zones où vivent les ours. Pour la faune sauvage africaine pas d’interrogations non plus. Les « prélèvements » des chasseurs qui payent cher pour assouvir leur goût du sang n’ont pas de raison d’être. Et pas davantage avec un arc, qui se révèle encore plus cruel que les armes à feu car il laisse les proies agoniser pendant de longues heures.

Allez voir Le Tigre de John Vaillant

Le roman n’en est pas pour autant manichéen. Il faudra le lire jusqu’au bout pour le comprendre. Pas sûr que le comportement de Martin soit entièrement validé par Colin Niel. Il ne défend certes pas ceux qui s’affichent sur le Net devant leurs trophées de chasse. À eux d’assumer comme aurait dû le faire Luc Alfand qui s’était fait photographier devant des mouflons géants et des ours bruns « prélevés » au Kamtchatka. L’ancien champion de ski avait dû quitter son village de montagne, parce qu’il s’estimait harcelé. Il avait trouvé refuge en Andorre, un pays à la fiscalité pour le moins avantageuse. Mais le garde du parc pyrénéen n’en est pas pour autant entièrement absous. La psychologie des personnages rend le roman encore plus passionnant. Comme l’est également la présentation de la vie des villages namibiens. Les conditions d’existence tellement difficiles des éleveurs comme la politique mise en place par les autorités prises entre deux feux. La tentation de récolter de l’argent en faisant venir les chasseurs et la volonté de présenter au monde un pays préservant sa biodiversité. Quand vous aurez fini de lire cet excellent thriller, vous pourrez jeter un œil sur une autre histoire de chasse. Allez voir Le Tigre de John Vaillant qui est un peu le pendant du lion namibien. Dans ce roman basé sur une histoire réelle, l’auteur nous raconte la vengeance d’un tigre qui a été agressé par un homme aux confins de la Russie. Tout à la fois bouquin d’aventure, fabuleuse présentation de la nature sibérienne, et description des conséquences de la chute du communisme en Asie soviétique, ce livre est une merveille.

Qu’en dit Bibliosurf ?
https://www.bibliosurf.com/Entre-fauves.html

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