Le soldat désaccordé, Gilles Marchand, Éditions Aux forges de Vulcain

Il les aime, les petits, les sans-grade, ceux qui vivent à côté, dans leur monde, indifférents ou presque à ceux qui les entourent. Après Requiem pour une apache qui avait été une merveilleuse surprise, Gilles Marchand revient avec Le soldat désaccordé, une très belle histoire d’amour qui se déroule pendant la guerre de 14-18. Celle que Brassens « préférait » parce qu’elle fut une des pires avec les tranchées, les hommes déchiquetés par les bombes au côté des rats et des poux. Et pourtant pendant ces quatre années d’horreur une jeune Alsacienne, Française ou Allemande on ne sait pas bien, a cherché son amoureux qu’elle n’avait pas eu le droit d’aimer avant que ne démarre le conflit. Indifférente aux massacres, aux ordres imbéciles des généraux qui envoyaient les soldats à l’abattoir, qui les fusillaient s’ils le jugeaient nécessaire, Lucie a tenté de rejoindre Émile. Il ne comptait pas, il n’était qu’un pion pour ceux qui imaginaient les batailles sans jamais les vivre. Lucie ne valait pas davantage, elle qui n’était pas mariée, Française pour les uns mais native d’une région dont de nombreux habitants se ressentaient Allemands. La guerre n’était de toute façon pas faite pour les femmes. « On la réservait à ceux qui servaient de passe-temps aux mitrailleuses teutonnes ».

Gilles Marchand a privilégié les sources littéraires pour écrire son roman

Pour nous raconter cette histoire, Gilles Marchand met en scène un narrateur qui a participé au conflit. Il l’a même prolongé en faisant par la suite son métier de la recherche des disparus. La fonction avait son importance pour d’innombrables veuves en attente de leur pension, et pour celles qui cherchaient à faire réhabiliter leur mari fusillé. Le travail était ardu car nombre de ceux qui avaient survécu en étaient sortis privés de mémoire ou fous. Il y eut ainsi le cas du soldat amnésique ramené d’Allemagne dans un train pour les prisonniers aveugles, fous ou mutilés, et qui ne se souvenait de rien. Une fois sa photo publiée par le ministère des Pensions qui cherchait à l’identifier, beaucoup l’avaient réclamé. Historien par ses études, Gilles Marchand a privilégié les sources littéraires pour écrire son roman. Il cite dans sa postface quelques-uns des ouvrages qu’il a consultés. Entre autres Ceux de 14 de Genevoix, Le Feu de Barbusse, Croix de bois de Dorgelès, et À l’Ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque côté allemand. On peut aussi penser à Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre. Dans une interview Gilles Marchand explique qu’il a cherché à s’immerger dans le langage de l’époque. Les références historiques sont toutefois bien présentes dans son roman, comme celle du rôle joué par l’armée canadienne qui sut s’emparer de positions allemandes, alors que les Français et les Anglais avaient précédemment échoué. Il explique en quoi les méthodes canadiennes faisaient appel à l’intelligence des soldats. Marchand insiste aussi sur l’importance des Amérindiens, qui avaient été montrés dans une cage dans l’exposition de 1892 au Jardin d’acclimatation.

Les autres mois Émile lui écrivait des poèmes qu’il n’envoyait pas

Il n’était pas parti la fleur au fusil, mais on leur avait tellement dit qu’ils étaient leurs ennemis qu’ils avaient fini par le croire. Son sort avait été rapidement scellé avec la perte d’une main dès l’automne 1914. Ensuite il fut chauffeur, cantinier, il exerça toute sorte de métier pour aider ses camarades, sa patrie, son pays. Après guerre il rencontra Blanche Maupas qui allait passer vingt ans pour prouver que son caporal de mari avait été fusillé par erreur. Alors il devint enquêteur afin de réhabiliter des soldats ou retrouver la dépouille d’un de ceux qui n’étaient pas revenus. Il avait fait la guerre, il suffisait de regarder sa main, et on l’écoutait. Un matin de 1925 il fut convoqué dans un restaurant par une certaine Jeanne Joplain qui lui demanda de chercher son fils qui n’avait plus donné de nouvelles depuis sa lettre de Verdun de 1916. Il était vivant, elle en était sûre. Moins d’un mois après il retrouva la trace d’Émile Joplain. Et il rencontra Paul Mascaret qui prétendait avoir été son meilleur ami. C’est pour cela qu’il lui raconta l’histoire d’amour du disparu. Lucie Himmel était alsacienne, d’une famille pauvre qui se considérait française même si l’Alsace avait été annexée. En 1907 âgée de quatorze ans, Lucie partit travailler comme servante à Saint-Dié, à l’ouest de la frontière dans une grande maison. C’est là qu’elle rencontra Émile qui tomba amoureux dès qu’il la vit. Il habitait Paris alors ils se revoyaient tous les étés en juillet. Les autres mois Émile lui écrivait des poèmes qu’il n’envoyait pas et Lucie des lettres qu’elle conservait. En 1913 la famille trouva les poèmes, comme il n’était pas acceptable que le fils d’un industriel en écrivît à une domestique, on renvoya la Prussienne en Alsace.

Qu’en dit Bibliosurf ?
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La guerre de 14-18

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