Surbooké

Le blog de Laurent Bisault

Lorsque tous trahiront, Pierre Olivier, Éditions Konfident

Déc 10, 2023 #Konfident

Bienvenue chez les salauds. Nous sommes au début de l’année 1945 en terre allemande non loin de Sigmaringen. La France a été libérée par les Américains qui continuent d’avancer vers l’est. De nombreux collabos ont fui et suivi Pétain qui s’est réfugié en Allemagne. Jacques Doriot, ancien numéro deux du Parti communiste, et surtout fondateur et principal dirigeant du Parti populaire français (PPF), un parti collaborationniste, en est. Cet allié des nazis semble encore espérer que le cours de la guerre puisse s’inverser. Alors il fait former d’anciens membres de la Légion des volontaires français (LVF) qu’il a créée. Ces hommes, qui se sont battus comme leur chef sur le front russe, sont censés retourner en France pour animer des réseaux de résistance. Et ils ont intérêt à savoir se faire discrets, sinon ce sera la prison de Fresnes puis le peloton d’exécution. Mais soudain la formation s’interrompt à l’annonce de la nouvelle. Le Chef est mort. La voiture de Jacques Doriot a été criblée de balles par un avion, a priori un chasseur allié. Mais dans cette période particulièrement trouble rien n’est simple. Parce que tout le monde pense d’abord à sauver sa peau, nombreux sont ceux qui sont prêts à tout. Le mitraillage de celui que ses fidèles appelaient le grand Jacques était-il accidentel ou Doriot était-il personnellement visé ? Et dans ce cas comment les forces alliées avaient-elles été informées de sa présence sur cette petite route allemande ? Un lieutenant âgé de vingt-cinq ans, ancien de la LVF et rescapé de la bataille de Moscou, va mener l’enquête.

Ça complote, ça trahit, ça fait fi de l’idéologie au nom de laquelle on a commis les pires atrocités

Lorsque tous trahiront vient d’obtenir le prix 2023 du roman d’espionnage. Son personnage principal est « un ultra de la collaboration, un fasciste » dont il ne partage pas les idées. La précision n’est pas inutile pour ceux qui ne connaissent pas bien ce moment de l’histoire française. Ce roman, le premier de l’auteur, est fortement ancré dans son époque puisqu’on y croise des personnages qui ont existé. Marcel Déat un des principaux acteurs de la collaboration que les Allemands avaient imposé dans le dernier gouvernement de Laval. Où encore Ralph Soupault le dessinateur vedette de Je suis partout le principal journal collaborationniste, condamné à quinze ans de travaux forcés après la guerre. C’est dans ce petit monde peu ragoûtant que nous suivons un jeune lieutenant qui tente de comprendre comment Jacques Doriot est mort. C’est parfois compliqué comme souvent avec les histoires d’espionnage, surtout dans cette période où le moindre dirigeant nazi s’imagine que les Américains finiront par les préférer aux Soviétiques. Ça complote, ça trahit, ça fait fi de l’idéologie au nom de laquelle on a commis les pires atrocités. De ce point de vue le narrateur s’en sort plutôt mieux. On ne saura jamais ce qui avait justifié son engagement dans la LVF. Alors il enquête comme le ferait un flic ordinaire. Mais il faut faire vite parce que les Soviétiques sont presque à Berlin, et que côté ouest de Lattre et sa première armée française ainsi que les Américains se rapprochent.

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