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Le blog de Laurent Bisault

Rino Della Negra footballeur et partisan, Dimitri Manessis et Jean Vigreux, Éditions Libertalia

Mar 10, 2024 #Libertalia

Son nom est aujourd’hui celui d’une tribune du stade Bauer de Saint-Ouen, le stade du Red Star FC. Mais qui connaît pour autant la vie de Rino Della Negra ? Il fut un footballeur brillant sous les couleurs du club audonien. Et plus encore un jeune homme fusillé à vingt ans au Mont-Valérien le 21 février 1944 car Rino était membre du groupe FTP-MOI de Missak Manouchian. Historiens, Dimitri Manessis et Jean Vigreux ont choisi de nous raconter la vie de cet homme d’origine italienne, sportif de haut niveau et qui a fait preuve d’un incroyable courage. Spécialistes de la Résistance, amoureux du football comme en témoigne le compte X (Twitter) de Dimitri Manessis, les deux historiens ont déniché une énorme quantité de documents pour nous raconter l’engagement d’un enfant d’immigrés contre les nazis, alors que pour lui le football était ce qui comptait le plus. On découvre ainsi Rino Della Negra entrant dans la clandestinité en février 1943 pour échapper au Service du travail obligatoire (STO). Il rejoint ensuite la résistance communiste, d’abord les Francs-tireurs et partisans français (FTPF) puis la Main-d’œuvre immigrée (MOI). Des structures dont l’origine remonte à l’entre-deux-guerres quand le Parti communiste français (PCF) avait organisé ses adhérents étrangers ou d’origine étrangère en groupes de langue. C’est en tant que combattant qu’il est arrêté en novembre 1943 puis fusillé avec les autres membres du groupe Manouchian, sans pour autant figurer sur « L’Affiche rouge» qui les a rendus à jamais célèbres.

Della Negra n’avait pourtant jamais été membre du parti communiste

Rino Della Negra est né dans le Pas-de-Calais et a grandi à Argenteuil en région parisienne au sein d’une importante communauté italienne souvent antifasciste. Il devient ajusteur à quatorze ans en rentrant chez Chausson et joue dans l’équipe de football de l’entreprise. C’est ainsi qu’il débute dans le sport corporatif au sein de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), une structure soutenue par la mairie communiste d’Argenteuil. C’est au début de la saison 1943-1944 qu’il est recruté comme avant-centre par le Red Star. Mais l’équipe qui figurait parmi les meilleures de France est aussitôt dissoute par le gouvernement de Vichy qui déteste le sport professionnel, et Rino se retrouve dans un championnat de niveau inférieur. Quand il rentre en clandestinité pour échapper au STO c’est par le biais d’anciens coéquipiers qu’il rentre en contact avec des membres italiens et arméniens des FTP et de la MOI. Della Negra n’avait pourtant jamais été membre du parti communiste. Mais il avait côtoyé nombre d’antifascistes à Argenteuil dont certains s’étaient engagés dans les Brigades internationales. Comme les autres réfractaires Della Negra est recherché, il change alors d’identité.

La propagande allemande s’empare de l’événement et crée « l’Affiche rouge “»

C’est en tant que « Gilbert Royer » qu’il participe à divers attentats dont celui organisé contre le général Abt et la caserne Guynemer. Il est blessé et arrêté le 12 novembre 1943 en compagnie de Robert Witchitz lors d’une attaque de convoyeurs de fonds allemands. Quelques jours plus tard ce sera le tour de Missak Manouchian et de Joseph Epstein de tomber. Leur groupe avait été identifié et était surveillé par la police française. Emprisonnés, torturés, ils sont jugés en février 1944. Vingt-trois sont condamnés à mort sans possibilité de faire appel. Après les exécutions la propagande allemande s’empare de l’événement et crée « L’Affiche rouge » qui met en scène les forces judéo-bolchéviques et les métèques s’attaquant à la France. On peut y lire : « Des libérateurs ? La libération ! Par l’armée du crime ». Rino Della Negra n’y figure pas, sans doute par qu’il avait été interrogé après son arrestation sur son lit d’hôpital et n’avait ainsi pu être photographié avec ses compagnons. Cette campagne de propagande sera un échec, car l’opinion publique prend parti pour les résistants. Le souvenir de Della Negra est depuis souvent lié à son passage au Red Star. Il est entretenu par de nombreux supporters d’autres clubs alors que le brillant ailier droit a très peu joué dans l’équipe audonienne.

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