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Le blog de Laurent Bisault

Ne cherche pas le chaos, Marion Brunet, Éditions Albin Michel

Août 31, 2026 #Albin Michel

Pablo soixante ans revient à Santiago du Chili. Ici c’était chez lui, ça ne l’est plus depuis qu’il en est parti en 1990. À peine arrivé les souvenirs affluent. Les Réplica qu’il s’envoyait, la langue, les odeurs, la cumbia qui sortait des haut-parleurs, les filles aux yeux noirs. Sa fille Victoria l’a précédé, il veut la retrouver. Elle a dix-huit ans, elle a grandi en France, elle lui a demandé de cesser de fuir son histoire. Celle d’un homme longtemps emprisonné, ce qui signifiait à cette époque la torture toujours et parfois la mort. Pourtant quand Pablo est monté dans l’avion en 1990, rien ne l’empêchait de rester. Avec le retour de la démocratie il n’était plus en danger. En France il a rencontré Florence qui fut folle de cet être capable d’étendre un homme à coups de poing. Au Chili la vie de Pablo avait basculé le 11 septembre 1973, le jour de la mort de Salvador Allende. Sa mère ne savait encore rien de ce qui se passait dans les stades, les viols, les poètes émasculés, les doigts coupés, les balles dans la tête. Elle était donc partie à Santiago chercher Rubén et Marta son fils et sa fille. Pablo avait huit ans, il était trop jeune pour être directement menacé. Ce n’était que partie remise.

Marion Brunet n’a aucune racine chilienne

Plus je lis cette autrice, plus je l’apprécie. J’ai découvert Marion Brunet en lisant Vanda, un roman noir sur une femme qui élèvait seule son fils. Puis vint Nos armes une exceptionnelle histoire d’amour entre deux femmes au mitan des années quatre-vingt-dix. Un bouquin qui ne s’oublie pas. Elle récidive avec le parcours d’un Chilien rescapé de la barbarie fasciste qui, une fois libéré, se réfugie en France. La parution de Ne cherche pas le chaos a amené certains à se demander si Marion Brunet n’avait pas troqué la littérature noire pour la « blanche ». Je ne perçois aucun changement important entre ses deux derniers bouquins. Ils ont tous les deux un ancrage historique fort et de très beaux personnages. Ne cherche pas le chaos c’est tout autant l’histoire de la dictature de Pinochet, que celle d’un homme qui s’enferme dans le silence en refusant de raconter ce qu’il a vécu à sa fille. L’élément le plus surprenant de ce roman est que Marion Brunet n’a aucune racine chilienne. Elle n’était pas non plus née en 1973. Sa rencontre avec le Chili est passée par un disque qui lui était consacré. Et cette découverte a amenée l’ancienne éducatrice spécialisée de l’autre côté de la Cordillère des Andes. C’est pourquoi on se régale du voyage retour de Pablo jusqu’à Valparaiso. Il fallait qu’il l’aime Victoria pour revenir là où l’indicible s’était produit au point d’encore se réveiller la nuit en hurlant. Il fallait qu’il aime celle dont il s’était tant occupé dès sa naissance, un choix qu’il n’avait jamais regretté. Ni en la promenant sur le chemin des douaniers en Bretagne où ils s’étaient installés avec sa compagne Florence. Ni en gardant Victoria avec lui quand le couple avait éclaté. Mais même en ayant retrouvé sa fille dans son pays natal, l’apaisement n’est pas garanti. José Antonio Kast le candidat de l’extrême droite a été élu président de la République en 2026. Pourtant dans ce pays les habitants ne peuvent pas dire qu’ils ne sont pas prévenus.

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