Ce lien entre nous, David Joy, Éditions Sonatine

Il était sur la terre de Coon Coward. Un lieu interdit parce que le vieux y cachait des plantations de gingembre. De toute façon c’était une propriété privée. Quand Darl Moody épaula, il ne voyait pas bien l’animal malgré sa lunette. Une seule certitude, c’était un gros, et on avait récemment abattu un sanglier de 320 kilos dans ce comté de Jackson en Caroline du Nord. Ce qui signifiait un max de saucisses. Autant qu’il n’aurait pas à payer à l’épicerie. Mais quand il trouva sa proie, ce n’était pas un animal mais un homme. Mort. Il le reconnut : Carol Brewer. Un braconnier comme lui. Un bon mec qui tentait de s’en sortir dans cette société de petits blancs qui avaient toujours habité dans ces montagnes des Appalaches. Rien à voir avec son frère Dwayne Brewer, un mètre quatre-vingt-quinze et cent quinze kilos au bas mot. Et encore faudrait-il parler de ses poils noirs qui descendaient des épaules jusqu’au revers de ses mains. De son sens de l’humour digne d’un rottweiler. Dwayne, un homme capable de démonter et remonter son colt en moins de deux minutes. Ou de passer ses soirées à casser les jolies petites gueules d’étudiant juste pour le plaisir. Darl comprit tout de suite que ça allait être compliqué. Pas seulement à cause de Dwayne Brewer, mais parce qu’il avait tué quelqu’un même si c’était un accident. Alors Darl appela son ami Calvin Hooper. Celui qui ne pouvait pas lui dire non. Il avait besoin de son aide pour sortir le corps du bois et le planquer là où on ne le trouverait pas. D’abord Calvin ne voulut pas, puis il accepta. Sans doute aurait-il mieux fait de s’abstenir car Dwayne eut vite fait de retrouver la trace des deux hommes.

Dwayne avait perdu la seule chose qu’il aimait au monde

C’est un roman noir, très noir que nous proposent les éditions Sonatine. Un roman très réussi également. Indice supplémentaire de sa qualité, il est traduit par Fabrice Pointeau, comme ceux de R.J. Ellory un des auteurs vedettes de Sonatine. On ne dévoile pas grand-chose de l’histoire en disant que le combat allait être déséquilibré. Parce que Darl Moody et Calvin Hooper avaient non seulement à lutter contre la rage de Dwayne, mais aussi contre leur culpabilité. Un combat dans les règles parce qu’en partie arbitré par l’inspecteur Michael Stillwell, un homme à qui on ne la fait pas ? Pas vraiment. Ce n’était pas du sport. Dwayne avait perdu la seule chose qu’il aimait au monde et il n’avait peur de rien. Lui qui avait écrit à l’entrée de sa ferme : « Propriété privée, les intrus font de beaux trophées ». Il voulait leur faire payer, leur rendre la pareille, à eux comme à leurs proches. Ce Lien entre nous est un magnifique portrait de ces Américains qui vivent au milieu de la nature tant bien que mal. Ils n’aiment pas les touristes qui font du trente à l’heure sur une route de montagne conçue pour rouler à soixante-dix. Ils ne les apprécient pas davantage quand ils viennent de Floride dans leur Lexus, leur Mercedes ou leur Range Rover acheter une seconde ou une troisième maison. Même s’ils les font vivre. Dans le comté de Jackson on habite dans des bicoques délabrées, des granges décrépies ou des mobile homes. On possède des voitures parfois héritées de ses grands-parents comme la Buick Elektra de Dwayne. Mais on a la forêt pour chasser l’ours, le cerf ou les coyotes. On sait comment se nourrir d’oignons sauvages, de passiflore, de fraises sauvages, de myrtilles, d’airelles de pourpier et de chicorée. Et ça on ne pourra pas leur enlever.

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