Ne t’arrête pas de courir, Mathieu Palain, Éditions L’Iconoclaste

Récit, enquête, roman, peu importe. C’est un bouquin qui se dévore, totalement addictif, porté par l’écriture d’un grand. Mathieu Palain est journaliste, écrivain, homme de conviction si on en croit son compte Twitter, ami attentif au vu du contenu de son livre, des comme lui on n’en croise pas souvent. Alors autant en profiter. Ne t’arrête pas de courir se lit comme les meilleurs polars. C’est noir, haletant, fort, complexe. Comme la vie. Journaliste et écrivain c’est une combinaison qui fonctionne bien. Ça évite souvent le récit des angoisses de l’auteur devant la page blanche. Ça offre des récits dynamiques. Souvenez-vous de Malraux, de Kessel, de Hatzfeld qui en plus des récits de guerre a écrit sur le sport. De Florence Aubenas. De Vincent Duluc qui dans ses romans va bien plus loin que ce qu’il propose comme responsable de la rubrique football de L’équipe. Ou encore de Thomas Bronnec qui a mis ses connaissances de la vie politique au service de redoutables polars. Mathieu Palain, trente-trois ans, deux livres au compteur, fait partie de cette grande famille. Ne t’arrête pas de courir c’est une histoire formidable, réelle, plus incroyable que si elle avait été inventée, tragique et pleine d’espoirs. Une histoire où Palain accouche Coulibaly, parce que nous dit l’athlète, il ne juge pas. C’est aussi une réflexion pour la prison et un peu l’histoire de Mathieu Palain.

Le champion de France du 400 mètres a gâché sa vie en multipliant les cambriolages

Parloir de la prison de Réau officiellement le Centre pénitentiaire Sud francilien. Le surveillant demande la famille Coulibaly. Il s’avance et s’entend dire : « Ce petit Blanc, , il s’appelle Coulibaly ? ». L’entrevue a lieu dans une cabine meublée de trois chaises et d’une table bancale. Mathieu Palain est là parce qu’il a lu un article dans Le Parisien qui racontait comment le champion de France En salle du 400 mètres avait gâché sa vie en multipliant les cambriolages. Actuellement en détention il allait prochainement être jugé pour un nouveau méfait. Mieux le soir du 22 février 2015, jour de son titre, Toumany Coulibaly ne l’a pas fêté en famille. Il a enfilé une cagoule pour vider avec quatre complices un magasin de téléphones portables. Pourtant la famille compte pour lui car à la lecture du Parisien, il a demandé à la presse de ne plus parler de son parcours judiciaire, de peur que son aîné qui sait lire voie en lui autre chose qu’un champion. Outre la singularité de l’information c’est aussi sa proximité qui a attiré l’attention de Mathieu Palain. Il partage avec Coulibaly le même âge, le même amour du sport, ils sont originaires de la même banlieue de l’Essonne. Mais Mathieu Palain a échoué dans le foot et il est désormais journaliste.

Même pas foutu de se servir de ses qualités physiques pour s’enfuir

La rencontre au parloir se passe bien, le tutoiement est de rigueur, Toumany décline un bref récit de sa vie. Ses dix-sept frères et soeurs avec qui il a coupé les ponts, son père éboueur, ses deux mères, sa femme et leurs trois enfants qui seuls lui rendent visite. Ils ont le temps de venir le voir, Coulibaly a encore quatre ans à tirer. Trop de condamnations, trop de cambriolages, plein de trucs pas propres comme le vol à l’arraché. Il n’avait rien trouvé d’autre pour payer ses dettes et même pour nourrir ses gamins. Même pas foutu de se servir de ses qualités physiques pour s’enfuir. De toute façon l’athlé ça ne paye pas. En prison Coulibaly prétend aller mieux. Il s’entraîne, ne boit ni ne fume, il se fait suivre psychologiquement et se voit aux JO de Paris en 2024. Il aura 36 ans. Enfin en première approche car il reconnaît rapidement être menteur, narcissique, immature et manipulateur. Il est aussi intelligent. Alors qui est le véritable Toumany Coulibaly ? Le sait-il lui-même ?

Toumany n’a pas un flèche

Toumany Coulibaly a toujours été un voleur compulsif. Il serait trop simple de l’expliquer par son origine sociale. Certes vivre à 20 dans un appartement, dormir dans un garage reconverti en dortoir, entendre à l’école qu’on pue le mafé parce que ses vêtements ont séché à côté de la cuisinière n’a rien arrangé. Mais Toumany volait les riches comme les pauvres y compris ceux de son village familial au Mali. D’ailleurs ses frères et sœurs ont toujours été irréprochables. Arrivé par hasard dans un club d’athlé Toumany est monstrueux en dépit d’une hygiène de vie déplorable. Le jeune homme n’imagine pas le mal qu’il se fait en buvant des litres de coca et en ingurgitant des frites à toute heure. Si les perfs arrivent vite elles le poussent parfois à voler. Toumany n’a pas un flèche, pas de quoi se payer l’essence ou l’hôtel quand il participe à une compétition, et il n’ose pas le dire. Cette honte il la traîne partout. Y compris au commissariat quand il veut déposer plainte pour le vol de son chéquier ce qui lui a valu d’être interdit bancaire. À ce moment Toumany est vraiment dans la merde. Il aura des opportunités de rebondir et passera toujours à côté. Il portera le maillot de l’équipe de France avec toujours une biographie à trous sur le site de la fédération d’athlétisme. Il rate les Jeux de Rio alors qu’il est le troisième meilleur français, on lui préfère un coureur plus lent de trois secondes. Son passé le poursuit, personne n’ose plus miser sur lui. Il est incapable de se prendre en main. C’est à croire que pour l’adrénaline il préfère les vols à l’athlétisme.

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