Aussi riche que le roi, Abigail Assor, Éditions Gallimard

Sarah a seize ans, elle vit à Casablanca dans les années quatre-vingt-dix, elle est belle, très belle, tous les garçons la regardent. Sauf Driss alors qu’il est franchement laid malgré ses yeux verts. Il a le nez crochu, des dents de rongeur et le ventre rebondi, mais on dit qu’il est aussi riche que le Roi. Sarah vit avec sa mère dans une maison sans volets ni rideaux à côté du bidonville. Là où on peut lire le nom de toutes les stations-service de l’Afrique parce que les baraques sont faites de vieux bidons d’essence. Au moins chez elle les murs sont en briques, et puis Sarah est française pas arabe. Pour les filles du collège Sarah est la hchouma. Dès la troisième elle faisait l’amour pour se faire payer des paninis avant de se faire cracher à la gueule par les gars du collège. Il est même arrivé qu’ils ne lui payent pas le panini, alors elle a changé de cibles. Maintenant elle vise ceux qui ont au moins dix-neuf ans avec une voiture de luxe. Et puis Driss. Quand elle le dit à Yaya, celui qui n’a pas d’âge et que l’on trouve au café-billard, il lui répond que si elle veut vraiment Driss, avec la tête et les fesses qu’elle a, elle doit vraiment être pauvre. Alors il l’emmène chez Driss, dans une maison où on fume des joints autour de la piscine. Une maison si grande qu’il y a même une construction au fond du jardin pour qu’on ne soit pas obligé de remonter après s’être baigné. C’est peine perdue. Driss ne s’intéresse pas à Sarah, et ne veut pas danser avec elle quand elle le rejoint à la Notte le seul endroit de Casa où on peut encore s’adonner aux rocks et aux slows le samedi soir. Et puis un jour elle parvient à se faire ramener en moto.

À Casa une femme, surtout si elle n’est plus vierge, ne vaut rien

Il est beau et rude ce premier roman. Beau par son écriture et les sentiments que fait passer la jeune autrice marocaine. Et rude comme la société que nous raconte Abigail Assor. Une société traversée par des lignes invisibles qui séparent les hommes des femmes, les riches des pauvres, ceux qui parlent français de ceux qui ne connaissent que l’Arabe. Une société d’autant plus cruelle qu’elle nous est présentée avec les yeux des démunis alors que le Maroc de Leïla Slimani dans Le pays des autres et Regardez-nous danser est décrit du côté des riches. Parce que Sarah est une femme, elle est presque en bas de l’échelle sociale car à Casa une femme, surtout si elle n’est plus vierge, ne vaut rien. Parlez-en aux bonnes violées par leur patron dans la cuisine et renvoyées chez-elles où plus personne ne veut d’elles. Sarah est pauvre, pas autant que ceux du bidonville, mais suffisamment pour peiner à se nourrir. Elle est arrivée au Maroc avec sa mère et Didier qui voulaient monter un magasin. Or Didier est parti avec leurs économies, alors sa mère s’est mise à voler et à accueillir des hommes. Heureusement Sarah parle le français, la langue de l’élite marocaine dont fait partie la famille de Driss. Ce sont des Fassis, des Marocains issus des plus anciennes lignées de Fès, même si la plupart n’y ont jamais mis les pieds. On les reconnaît à leurs noms et à leur accent bourgeois. Alors elle espère Sarah, elle se refuse de voir que ces gens qui font travailler des ouvrières aux mains couvertes de cicatrices à force de coudre des jeans ne se mélangent qu’entre eux. Les riches et les musulmans.

Qu’en dit Bibliosurf ?
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Une réponse à “Aussi riche que le roi, Abigail Assor, Éditions Gallimard”

  1. Super idée de mettre ce roman en perspective avec Leila Slimani. Abigaïl Assor a elle aussi beaucoup de talent et je me rappelle encore l’omniprésence du thym dans le roman – entre autres. Merci !

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