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Le blog de Laurent Bisault

Le sang de la bête, Frédéric Paulin, Éditions La Manufacture de livres

Le capitaine Pierre Luchaire est retrouvé égorgé dans un abattoir. Un lieu où défilent quatre-vingts tonnes de viande chaque année dans une odeur écœurante. Le commandant Étienne Barzac examine le corps. Il appartient à l’IGPN, la police des polices. Un bœuf-carottes dans un abattoir rien que de très logique, surtout quand le mort faisait l’objet d’une enquête interne à la police. Luchaire avait été accusé de coups et blessures dans l’exercice de ses fonctions, mais rien ne laissait imaginer une fin aussi sordide. Il était affecté à la direction départementale interministérielle de la Protection de Paris (DDIPP), le service qui contrôle l’hygiène des produits alimentaires. Étienne Barzac a cinquante-cinq ans, il est marié à Latifa, et son ex-épouse Livia vient de lui annoncer que son cancer du sein allait l’emporter. La première fois que Pierre Luchaire est apparu sous les radars de l’IGPN, il était en compagnie de Gwenaëlle Martin. Une salariée de l’abattoir GAD de Lampaul-Guimiliaun qui militait à « La mort est dans le pré », une association de défense des animaux. Pierre Luchaire et Gwenaëlle Martin se trouvaient en marge d’une rixe qui opposait les salariés des abattoirs GAD de Lampaul-Guimiliaun et de Josselin. Un an après Luchaire s’était battu avec Damien Ganz, le compagnon de Gwenaëlle Martin qui avait été transporté aux urgences.

Ce qui aurait dû nous alerter sur l’empathie d’Emmanuel Macron

Un nouveau roman de Frédéric Paulin ? Non, une réédition de La peste soit des mangeurs de viande publié à la Manuf en 2017. Cette nouvelle sortie atteste de la place qu’occupe Frédéric Paulin dans le roman noir français après ses deux phénoménales trilogies sur la décennie noire et sur la guerre civile libanaise. Signalons aussi que ce grand écrivain est désormais au catalogue de deux éditeurs parmi les plus intéressants : La Manufacture de livres et Agullo. Le sang de la bête est un roman bien noir où la vie apparaît, comme toujours chez cet auteur, sous la forme d’un combat. Il s’appuie sur des faits réels, la fermeture de l’abattoir Gad à Lampaul-Guimiliaun (Finistère) avec à la clef la perte de neuf-cents emplois. La lutte des salariés n’y avait rien fait, pas même le blocage de l’établissement de Josselin (Morbihan) auquel les salariés locaux s’étaient opposés. L’évènement avait fait tellement de bruit que le ministre des Finances de l’époque avait évoqué la difficulté de recaser ceux qui avaient perdu leur emploi. Parce qu’il s’agissait majoritairement de femmes, pour beaucoup illettrées. Ce qui aurait dû nous alerter sur l’empathie d’Emmanuel Macron. Comme souvent chez Paulin, la violence est omniprésente. Elle est sociale, elle constitue le mode de fonctionnement des abattoirs. Elle est prônée par les anti-spécistes, ceux qui croient aux droits des animaux et qui refusent la mort à cadence imposée. Peut-on leur reprocher quand on sait contre qui et contre quoi ils se battent ? Comme dans tous ses romans Frédéric Paulin agrémente son roman de personnages complexes et attachants qui nous permettent de tenir. Ce sont cette fois des flics qui exercent avec passion leur métier, comme la lieutenante Salima Belloumi qui est aussi une femme battue.

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