Né d’aucune femme, Franck Bouysse, Éditions La Manufactures de livres

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Frank Bouysse a de la suite dans les idées. Livre après livre, il trace son sillon dans la littérature française, semant des histoires rurales toujours plus noires. Des livres écrits à main, sans ordinateur, par cet ancien professeur de biologie. Né d’aucune femme est une de ses plus belles réussites, du moins si on s’en réfère aux multiples prix qu’il a récoltés : Grand prix des lectrices de Elle, prix des libraires ou encore prix Babelio. Même en l’appréciant, on peut toutefois lui préférer ses publications précédentes, surtout Glaise, mais aussi Grossir le ciel ou Plateau. Car ce nouveau roman est noir au point de nous mettre parfois mal à l’aise, mais c’est peut-être le signe de sa réussite. Né d’aucune femme se déroule au XIXe siècle, en Corrèze, comme la plupart des écrits de Bouysse. C’est du moins ce que laisse à penser une allusion à la Vézère. Le livre est un récit à plusieurs voix à commencer par celle de Rose, jeune paysanne vendue à quatorze ans par son père à un maître de forge, histoire de récupérer un peu d’argent qui fait tant défaut à la ferme. Interviennent aussi comme narrateurs ses deux parents, le maître et sa mère, Edmond un de leurs employés, ainsi que Gabriel, un curé qu’une infirmière envoie récupérer un cahier entre les cuisses d’une femme qui vient de décéder à l’asile.

Le statut de cette petite servante fait furieusement penser à Jacquou le croquant d’Eugène Le Roy

Ce cahier est celui de Rose où la jeune fille a conté son histoire. Elle raconte comment elle s’est retrouvée domestique dans un château en pleine déliquescence, habité par le maître de forge ainsi que sa mère, méchante comme une teigne, une vieille chouette qui rendrait Folcoche sympathique. La femme du maître, que l’on dit malade, ne se montre jamais et Rose a interdiction de s’approcher de sa chambre. Seul Edmond, qui s’occupe du jardin et surtout des chevaux, amène un peu d’humanité dans l’entourage de Rose. Elle est d’ailleurs loin d’y être insensible. Le statut de cette petite servante fait furieusement penser à Jacquou le croquant d’Eugène Le Roy dont l’action se déroule à peu près à la même époque, pas si loin que ça, dans un village de Dordogne baigné par la Vézère. L’écriture de Bouysse est toujours aussi belle, sa capacité à nous garder avec lui aussi, mais il faut parfois avoir le cœur bien accroché.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*