Liana Levi : une éditrice qui nous veut du bien

Peut-être l’avez-vous remarqué, sur ce blog on aime les Éditions Liana Levi. À cela une bonne raison. Leurs livres sont faits pour nous. Ils nous racontent des histoires. Truisme ? Pas tant que ça. Chez eux pas de place pour les angoisses de l’auteur devant sa page blanche. C’est tout pour le lecteur. Liana Levi est ce qu’on appelle une petite maison d’édition. « Petite » n’a rien de péjoratif, cette dénomination fait référence à la taille de l’équipe, du catalogue et au nombre de parutions. Six cents titres disponibles, au plus vingt nouveautés chaque année, et une dizaine de reprises en poche. Sur Surbooké quatorze de leurs romans sont présentés. Avec ceux lus avant la création du blog, on se rapproche de ce qui représente un an de leur travail. « Maison d’édition » est un terme sympa. Un peu comme maison de couture, sans doute parce que dans les deux cas on a affaire à du cousu main. Liana Levi la Milanaise est arrivée en France après le bac pour entrer à Sciences Po. Elle a commencé à travailler pour plusieurs publications italiennes avant de créer sa maison d’édition en 1982. Elle est située dans le Ve arrondissement de Paris comme la quasi-totalité des éditeurs, même si Gallimard est dans le VIIe. Pourquoi une telle concentration ? Sans doute parce qu’il y a des accords de diffusion entre éditeurs, mais on est preneur de toute autre explication.

Parmi les derniers romans on vous recommande Vies dérobées de Cinzia Leone

Le catalogue de Liana Levi a accueilli dans un premier temps des livres historiques, souvent consacrés aux communautés juives. Il a ensuite fait la part belle aux romans avec un réel tropisme pour ceux venus d’Italie. Les éditions Liana Levi publient la Sarde Milena Agus, notamment Mal de pierres. Ils font connaître Silvia Avallone, une jeune romancière qui dans D’acier et Marina Bellezza présente une jeunesse italienne désenchantée. Willy Melodia d’Alfio Caruso, est la remarquable histoire d’un jeune Sicilien qui s’en va jouer du piano pour les chefs mafieux aux États-Unis. Canal Mussolini est le récit romancé de la prise du pouvoir du Duce, vue par des paysans d’Émilie-Romagne déplacés dans les marais Pontains près de Rome. Parmi les derniers romans italiens on vous recommande Vies dérobées de Cinzia Leone. Le catalogue couvre désormais bien d’autres pays, les États-Unis avec Mécanique de la chute de Seth Greenland ou Un voisin trop discret du réjouissant Iain Levison. Le Vietnam avec plusieurs livres de Kim Thúy dont Em, ou encore la Croatie avec La réparation du monde le grand roman de la Mittleeuropa de Slobodan Šnajder. Le catalogue français commence à être important, notamment Aline Kiner magnifique raconteuse du Moyen Âge dans La nuit des béguines à Lionel Salaün dont on trouvera deux présentations sur ce blog, et aux romans policiers de Pascale Dietrich comme Les mafieuses.

Les éditeurs sont confrontés à maintes difficultés

Dans une interview de 2013 Liana Levi expliquait que chaque fois qu’elle choisit un livre elle se pose la même question. Comment le résumer en trois lignes pour le proposer à un représentant, un libraire ou sur une page Internet, de telle manière que le lecteur soit attrapé en quelques mots. Elle précisait que cette démarche était aussi nécessaire pour préserver la rentabilité de son entreprise. Un objectif qui est atteint autour de 4 000 ventes par livre, et qui ne l’empêche pas de sortir des bouquins dont elle ne peut espérer une telle diffusion. Sans grand risque on classe le roman de Šnajder dans cette catégorie. On comprend Liana Levi car les éditeurs sont confrontés à maintes difficultés. La plus importante est que le succès d’un livre est aléatoire, mais le financement des stocks, qui tournent peu et sont donc coûteux, n’est pas à négliger. On vous en dit plus ici. Chez Liana Levi cela se traduit, comme explicité plus haut, par des bouquins attrayants. L’hommage rendu par Paola Pigani aux ouvrières lyonnaises de la viscose, Et ils dansaient le dimanche, en est un bon exemple. C’est un bouquin d’histoire romancé, ce qui le rend d’autant plus accessible. On pourrait dire la même chose du Petit Soviet d’Éric Decouty.

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