Surbooké

Le blog de Laurent Bisault

Stella et l’Amérique, Joseph Incardona, Éditions Finitude

Fév 4, 2024 #Finitude

Jesup, Géorgie, USA. Robert Smith est emmerdé. Il vient de se débarrasser de son psoriasis mais il ne veut surtout pas que l’on sache comment. Sa maladie lui a pourtant pourri la vie, dans sa vie intime avec sa femme et au boulot. S’il raconte comment ça s’est passé il est bon pour le divorce et tout ce qui en découle. Robert Smith ne peut pas avouer qu’il s’est purifié en couchant avec une prostituée. D’ailleurs ce n’est pas son genre. Mais quand il a aperçu Stella dans son rétroviseur il a tout de suite entendu l’appel de la pureté. Alors il se dirige vers le confessionnal du père Brown un homme qui en a vu des saloperies, un ancien militaire passé par le Vietnam, la Sierra Leone et le Rwanda. Stella Thibodeaux est une brave fille qui connaît ses pouvoirs. Elle retourne au taf avec bravoure pour guérir phtisiques, paraplégiques, les malades de toute sorte qui se pressent devant sa roulotte. Elle les accueille dans sa couche. Ça ne marche pas à tous les coups, il faut de la sincérité dont sont démunis ceux qui ne viennent que pour la bagatelle. N’empêche quand un muet sort tout nu de la caravane en hurlant, quel plaisir. Le cas de Stella est tellement surprenant que le père Brown en informe Rodolphe Krüger plus connu sous le nom du pape Simon II. Le premier des catholiques en discute séance tenante avec son secrétaire et quelques cardinaux. Il la tient sa nouvelle sainte, sa nouvelle canonisation, même si le statut de prostituée demande à être étudié. Il envoie donc sur place un émissaire pour y voir de plus près. En Géorgie l’évidence s’impose : il faut faire appel aux frères Bronski, Billie le cadet et Mike l’aîné, pour échapper au scandale. Ces gars ont un palmarès impressionnant, ils sont sérieux, pragmatiques. Ils pensent tout de suite à découper les cadavres en plus petits morceaux quand n’ayant plus de sacs de 110 litres ils doivent se rabattre sur ceux de 35 litres. Ce sont des pros qui savent se débarrasser des corps en nourrissant les chacals du désert. Des spécialistes du beau boulot. Des artistes comme on n’en fait plus.

Profitez des dingueries d’Incardona

Ce roman est complètement branque, à la fois loufoque et sanguinolent. Il tient aussi bien des frères Coen que de Tarentino et du Mocky du Miraculé. Il ne respecte rien, surtout pas la religion, c’est pour cela qu’il faut le lire. J’ai classé Stella et l’Amérique parmi les romans noirs parce qu’il fallait bien le mettre quelque part, mais il n’a rien de social. Il est pour cela bien différent des trois autres bouquins de Joseph Incardona que j’ai chroniqués, Une saison en enfance, La soustraction des possibles et Les corps solides. C’est une des forces du romancier suisse qui n’a pas en France la renommée qu’il mérite. Je l’avais ainsi croisé l’an dernier à la Foire du livre de Brive où il se morfondait en attendant des visites. Cela pourrait changer puisque sa dernière œuvre fait partie des cinq finalistes du Grand prix RTL-Lire Magazine 2024, un des prix littéraires qui fait vendre. N’hésitez donc pas. Profitez des dingueries d’Incardona sans oublier de surveiller vos arrières. Parce qu’il n’y a pas que les frères Bronski qui vous menacent. Il y a d’autres « types sympathiques » comme le dénommé Comanche, quinze années de taule au compteur. Condamné pour viol collectif, recel de méthamphétamines et meurtre à mains nues. Autant dire que l’histoire risque de mal finir.

Qu’en dit Bibliosurf ?
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