Deux époques, deux amours, un seul lieu. 9 novembre 2024, marais et terres d’eau de la Nièvre. Joss leur plus proche voisin a disparu. Mais c’est bien plus pour le plaisir de marcher main dans la main que Léa et Franck participent à sa recherche. Ils l’ont rencontré peu avant ainsi que sa compagne Kelly, quand ils s’étaient installés dans le coin. Dans le moulin de la Garenne. Il aurait été difficile de les louper, car Joss et Kelly résidaient dans une dépendance d’un domaine de 250 hectares implanté autour d’un château. Avec des bois, des marais, des étangs, une petite chapelle en excellent état au contraire de la bâtisse principale. Pour autant, le courant n’était pas passé entre les néoruraux et leurs voisins dont Léa s’était dit qu’il était trop rustaud et elle trop à l’aise dans son corps avec sa robe déboutonnée. Mai 1824. Joséphine est alitée dans son château pour cause de fièvres des marais. Pendant trois jours les cheminées vont crépiter dans sa chambre et le grand salon en bas. Plus que le Covid, ce sont Iris et Lucas qui ont poussé Léa et Franck à quitter Paris. Avec la conviction que vivre au plus près de la nature les rapprocherait tous les quatre, même si les activités des enfants et les deux jours obligatoires au bureau de Léa s’annonçaient périlleux. Sans parler des courses qui demanderaient quarante minutes rien que pour l’aller et le retour. 1824, Rodolphe revient au domaine. Il l’avait quitté contre sa volonté car il lui était impossible d’éviter la conscription. Blessé il fut exfiltré de l’artillerie, devint aide-chirurgien sur les champs de bataille, puis revint quérir son certificat d’officier de santé à Nevers. Il se jura d’amener dans les campagnes environnantes tout ce que la science permettait pour apaiser et réparer. Mais pour soigner encore aurait-il fallu que les habitants se reconnaissent malades des vapeurs méphitiques des marais. Ce qui ne risquait pas d’arriver tant ils étaient persuadés que la nature ne rendait pas malade. Au contraire elle soignait. Rodolphe trouva heureusement refuge à Donzy où la veuve du dernier médecin lui apporta son soutien.
Les zones humides sont toujours là
Trois ans depuis le dernier roman de Serge Joncour. On le retrouve, non pas à l’identique, mais fidèle à ce qu’il est depuis longtemps : un écrivain de la nature, qui aime ses personnages, qui nous fait du bien. Dans Une histoire d’amours, avec un « s » parce qu’il y en a deux, Serge Joncour a troqué le Lot de ses derniers romans contre la Nièvre où il a grandi. Un département qu’il avait déjà utilisé pour L’écrivain national. Il nous délivre en alternance deux récits qui se ressemblent bien que se déroulant à un siècle d’intervalle. D’un côté l’amour entre la fille d’un baron et un presque médecin fils de métayer. De l’autre un couple adultérin formé un peu par hasard. Ces deux histoires se déroulent au même endroit, dans un cadre qui n’a guère changé avec le temps. Les zones humides sont toujours là, elles ont juste changé de statut. Elles étaient délétères et nourricières car on y pêchait la carpe et les sangsues au XIXe siècle. Elles ne délivrent plus aujourd’hui la malaria suite à leur assèchement pour laisser la place à de nouvelles cultures : la betterave sucrière, le maïs et le colza. Mais on y braconne toujours la carpe pour améliorer l’ordinaire. La Nièvre demeure toutefois une terre à part comme elle l’a toujours été. La modernité et la science ont eu bien du mal à s’y imposer. Le département est aujourd’hui presque oublié par le train et la richesse. Les agents immobiliers déplorent que rien ne s’y vende, ce qui permet au moins à quelques urbains de s’y installer à moindre coût. Parce qu’une centenaire lui raconte ce qu’elle a connu dans ce territoire, Franck est le trait d’union entre les deux époques. Il se déplace à vélo entre les étangs alors que son prédécesseur disposait d’une jument. Mais l’amour est éternel et c’est très bien ainsi.
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