Le Grégory Nicolas nouveau est arrivé. Ce livre est comme les précédents profondément humain. L’action ne se déroule pas en Bretagne comme souvent chez cet auteur mais en Anjou. Ce bouquin accorde une large place au vélo, un sujet déjà abordé dans ses romans précédents. Et comme le suggère son titre, Un trésor – Roman à boire est une ode au pinard, une passion de l’auteur qui fut caviste à Rennes avant d’être professeur des écoles. Alors autant vous dire qu’avec tout cela, il fait du bien par où il passe. Ce trésor nous emmène à proximité de la Loire dans les pas de Madeleine, qui aux côtés d’un clerc de notaire pénètre dans la maison qu’elle vient d’acheter. Nous sommes en 1982 et « Ça sent la vieille poussière, les journaux mouillés et le mulot crevé ». Mais la bâtisse est surtout au centre d’un domaine viticole qu’elle n’a pas encore nommé « Quatre Épines ». Vu la taille de la maison, Madeleine pourrait craindre de ne pas pouvoir la remettre à flot. Elle pourrait aussi avoir peur de ne pas savoir faire du vin. Mais son angoisse est autre, elle a peur de la solitude. Alors comme elle vient à cinquante ans de se séparer de Yves son mari, elle se dit qu’elle ne fermera pas la grille du domaine. C’est à ce moment que surgit un gamin en vélo qui lui demande si c’est elle qui a acheté la baraque du vieux fou. Et si elle pense retrouver le trésor. Ceux qui en avaient entendu parler étaient rares, car le vieux ne l’avait évoqué qu’une fois, au cours d’une soirée où il avait fini à trois grammes. Et même s’il avait invité ses compagnons de bistrot à venir le découvrir, cela ne se fit pas. Car quand ils arrivèrent au domaine, il les avait accueillis avec son fusil. Avant d’éventuellement découvrir ce fameux trésor, Madeleine va se contenter de ses quatre hectares et demi plantés en cabernet franc et en chenin que le maire de la commune lui a conseillé de faire arracher. Parce qu’à l’écouter, il n’y a rien à tirer de ces vignes restées dix ans sans soins.
Pas de demi-bouteilles dans son établissement
Je pense avoir tout lu de ce que Grégory Nicolas a écrit pour les adultes. Et ils sont rares les auteurs dont je peux le dire. Il y a par exemple Catherine Bardon, dont j’ai failli écrire qu’elle est sa condisciple aux éditions Les Escales. Jusqu’à ce que j’apprenne qu’elle sortira son prochain roman chez Flammarion. Comme quoi c’est beaucoup plus compliqué qu’on ne l’imagine d’être blogueur. Mais ce qui est certain c’est que je ne me suis jamais ennuyé en lisant ce romancier breton. Je l’avais découvert parce qu’il racontait des histoires de courses à vélo, et j’ai continué quand il a élargi sa palette. Ce Roman à boire est à l’en croire un premier bilan de sa vie. Du moins de ce qui est resté dans ses souvenirs, parce qu’il n’a pas toujours recraché ce qu’il a goûté en tant que caviste. C’est une histoire d’amitié tissée autour d’une personne qui se lance dans un projet fou : entrer dans le monde de la vigne. Heureusement pour Madeleine, ils seront nombreux à l’aider, à commencer par Anaïs sa petite fille. À l’aînée le travail entre les rangs, celui qui vous casse le dos, vous frigorifie l’hiver, vous fait bouillir l’été. À la jeune diplômée celui de la chimie, indispensable pour passer du raisin au verre. On apprend beaucoup sur l’alchimie du vin pendant la lecture. Sur les sulfites, le sucre, les enzymes, les levures. On apprend surtout l’amour que porte Grégory Nicolas au chenin, un cépage autochtone de l’Anjou et de la Touraine, dont on fait des vins blancs éventuellement liquoreux. On apprend qu’en matière de pinard, l’ancien caviste n’a jamais fait dans la demi-mesure. Pas de demi-bouteilles dans son établissement, mais pour qui le souhaitait des magnums. Pas de Tariquet parce que selon lui « le Tariquet était au vin ce que le Fanta était au jus d’orange ». Qu’il se rassure, la société gersoise qui fut longtemps un modèle de réussite économique, n’est pas loin du dépôt de bilan. Visiblement Grégory Nicolas n’aime que le vrai vin. Du très cher comme le Clos Rougeard, un saumur-champigny à 400 euros la boutanche aujourd’hui propriété des frères Bouygues. Ce qui fait deux bonnes raisons pour l’ignorer. Il aime aussi les vins plus accessibles comme la cuvée « Le temps qui fait tout », un vin de France que je vais sûrement tester. Quant à son amour du vélo, on a l’impression qu’il est relève du passé. Parce qu’à le lire, il remonte à un temps où les costauds explosaient le peloton sur le quatorze dents. Et ça ça fait un bail.
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Je comprend son amour du chenin. Grâce à lui, les vins de Loire blanc sont parmi les meilleurs de France.
Quand au Clos Rougeard, tu as raison de laisser tomber. Cela ne vaut pas son prix.
Gregory Nicolas m’a dit qu’à l’époque du récit, il vendait la bouteille de Clos Rougeard 37 euros 🥵